Un nouveau livre : Dr Miracle, saison 1970

C’est mon moment préféré : l’instant où je peux enfin annoncer mon nouveau livre !
Comme d’habitude, c’est le résultat de plusieurs mois de travail et c’est une vraie satisfaction de pouvoir vous le proposer enfin. De quoi s’agit-il cette fois ?

Dr Miracle est un consultant d’un nouveau genre : il aide les équipes à trouver le chemin de la victoire, tout simplement !

Derrière la victoire de Porsche aux 24 Heures du Mans 1970, on trouve Dr Miracle. Pareil pour la victoire de Honda aux 200 miles de Daytona la même année. Et qui aida Enzo Ferrari à gagner de nouveau en F1 lors de la saison 1970 ?

Dr Miracle bien sûr !

Cet ouvrage est le premier d’une longue série : il porte sur les exploits de Dr Miracle pendant la saison 1970 des sports mécaniques. Cette fiction qui s’appuie sur des événements réels permet de revivre les plus grande épreuves de cet âge d’or du sport-auto et moto. Elle permet également de comprendre ce qui s’est passé en coulisses et d’expliquer des victoires qui auraient pu se dérouler tout autrement… Sans les interventions judicieuses de notre héros.

Un peu crispé sur cette vidéo, Lefebvre ? Respire, tout va bien se passer !

Ce livre est déjà disponible sur amazon, aussi bien en version papier que numérique

Une communauté bienveillante pour les auteurs, ça existe ?

Conseillé par mon fils ainé, je suis allé voir Scribay et bien m’en a pris !

En conformité avec ce qui est annoncé en page d’accueil, j’y ai trouvé une « communauté bienveillante » où les auteurs sont accueillis à bras ouverts (façon de parler, bien entendu !).

Sur Scribay, on est lu, relu, critiqué (gentiment, toujours), corrigé (si c’est ce que vous souhaitez) et ainsi de suite. Les inscrits sont aimables et compétents, on croit rêver !

Et j’y ai également découvert des auteurs de talent !
Un exemple : Jean Coutelard et son haletant « Année 66 », un roman de SF très bien tourné… Je vous encourage donc à découvrir Scribay et à y participer. Merci à Arnaud et Manuel, les créateurs du site.

scribay-about

« Perdu dans le temps » et « PMC » : mes extraits préférés !

J’aime bien mettre en ligne des extraits de mes livres car ça m’oblige à choisir. Et cela révèle quelque chose sur ce qu’on ressent pour tel ou tel ouvrage. Dans le cas des extraits que je vous propose aujourd’hui, sans le faire vraiment exprès, j’ai choisi des passages qui sont plutôt des descriptions que des dialogues alors que mon style penche nettement en faveur des seconds au détriment des premiers. Mais, justement, peut-être est-ce pour cela que j’aime particulièrement ces passages : ils prouvent (à moi-même d’abord) que je ne suis pas limité aux (bons) dialogues, je sais aussi écrire des descriptions, des atmosphères mais seulement quand c’est nécessaire, seulement quand ça apporte vraiment quelque chose !

Bon, commençons par « Perdu dans le temps« . Cet extrait provient du chapitre où Vincent va enfin pouvoir rencontrer Tamara de Lempicka :

Alors que nous tentions de nous frayer un passage jusqu’à Tamara, Adrienne nous désignait les invités de marque qui occupaient les allées : le docteur Voronoff (un grand admirateur de Tamara), le peintre Maurice Denis (le maître de Tamara), le baron Raoul Kuffner, la duchesse de Valmy (Tamara a peint son portrait), la duchesse de la Salle et sa fille Romana (Tamara a peint leurs portraits à toutes les deux), les marquis de Sommi et d’Afflitto (eux aussi, Tamara a peint leurs portraits et sans doute un peu plus…), la comédienne Suzy Solidor et, bien sûr, la famille Boucard (Monsieur, Madame et leur fille Arlette).

On se serait crû dans les pages du Bottin mondain. Toute cette foule était composée des mêmes figures stéréotypées : hommes en smokings, femmes en robes longues et dos nus très prononcés. Bijoux voyants, cigares et monocles. Rires discrets et sourires ravageurs. Je me sentais de plus en plus mal à l’aise…

Bon, c’est vrai, c’est un peu court comme extrait… Allez, en voilà un autre, quand Vincent se retrouve prisonnier des « spéciaux » pour la première fois :

Je restais prostré un bon moment dans un coin de ma cellule. Et puis, j’entendis quelque chose… Un chuchotement. Oui, c’était bien cela, un appel articulé tout doucement par un autre. Pas une voix déformée comme dans la pièce d’interrogatoire, non, un autre prisonnier comme moi, sûrement dans une cellule voisine et qui essayait d’entrer en contact avec moi !

Cet événement inattendu me fit sortir de ma torpeur : je n’étais pas tout à fait seul, il y en avait d’autres comme moi, d’autres êtres humains prisonniers de ce centre métallique. Je tendis l’oreille afin de capter ce que l’autre me disait… Au bout d’un moment, je finis par comprendre qu’il fallait s’allonger au ras du sol pour mieux entendre. C’est ainsi que, à mon tour, je me mis à chuchoter aussi :

VINCENT. — Oui, je t’entends, qui es-tu ?

L’AUTRE. — Je m’appelle Manuel, je suis ici depuis une semaine et toi ?

VINCENT. — Je viens d’arriver, je m’appelle Vincent, sais-tu où nous sommes ?

MANUEL. — Comment ça « où nous sommes » ?

Mais t’es chez les spéciaux mon p’tit gars, t’as pas encore compris ?

VINCENT. — Écoute-moi, j’ai besoin d’aide, même si cela te paraît absurde, je ne sais même pas ce que sont « les spéciaux ». Tu peux m’en dire plus ?

MANUEL. — Tu me fais marcher ! Pourquoi est-ce que tu es là ?

Moi, c’est pour du trafic de limos, avec l’Ukraine… Et ils veulent connaître toutes mes connexions…

VINCENT. — Manuel, s’il te plaît, crois-moi, explique-moi d’abord ce que sont ces « spéciaux » et je te jure que je… euh, que je t’en dirai plus sur ma situation !

MANUEL. — Mais tu sais que t’es un zarbi toi !

Allez, comme tu m’amuses, je vais jouer le jeu : les spéciaux, c’est comme cela qu’on appelle les membres des services spéciaux, tout simplement…

Contre-espionnage, surveillance du territoire, contrôle des trafics illicites et tous leurs bazars. En fait, ces gars-là sont au-dessus de la police avec un seul mot à la bouche : secret.

Bon, à ton tour, pourquoi t’es là ?

VINCENT. — En fait, je ne sais pas vraiment pourquoi je suis là…

MANUEL. — Ah, t’es une enflure : tu tiens pas ta parole, je parle plus avec toi !

VINCENT. — Non, non, attends, je vais te dire ce que je sais !

Je tenais à ne pas à rompre le lien avec ce Manuel. Dans cette prison moderne, il représentait le seul lien que j’avais avec le monde réel, il fallait absolument que je me serve de lui pour en savoir plus. Il fallait que je lui donne ce qu’il attendait, quitte à inventer une histoire bien tordue…

VINCENT. — Voilà, je me suis fait coincer par les flics dans un appartement, un appart où j’étais entré par effraction, évidemment…

MANUEL. — Allez, tu vas pas me faire croire que les spéciaux s’intéressent à toi pour une simple affaire de cambriole ?

Tu as forcément quelque chose de spécial, dis-moi quoi…

VINCENT. — Oui, j’ai utilisé un appareil spécial pour forcer la porte de l’appart, un décodeur qui peut forcer toutes les serrures et je pense que c’est ça qui les excite…

MANUEL. — Et ce décodeur, tu te l’es procuré où, hein ?

VINCENT. — Tu es bien curieux, je te demande moi quel est le nom de ton revendeur ?

MANUEL. — Bof, tu pourrais : j’ai plus rien à perdre, plus rien à cacher !

Ça fait une semaine qu’ils m’interrogent et que je répète la même chose alors, une fois de plus ne me gênera pas !

VINCENT. — Si tu es là depuis une semaine, tu sais comment cela se passe alors… On peut faire appel à un avocat ou quelque chose dans ce goût-là ?

MANUEL. — J’crois bien que t’as pas compris où tu es là !

T’es dans le centre des spéciaux mon p’tit père, ça veut dire « au secret » : pas de contact avec l’extérieur, rien. Tu peux oublier ton avocat : tu pourras pas l’appeler et il pourra pas te trouver, même la localisation exacte du centre est secrète !

VINCENT. — Mais alors, ça veut dire qu’on ne sortira plus d’ici ?

MANUEL. — Non, j’crois pas, en une semaine, j’ai rien vu qui ressemble à un centre de détention longue durée… Ici, ils doivent faire que les interrogatoires.

VINCENT. — Et après, on va où, tu as une idée ?

MANUEL. — J’suis pas trop pressé de l’savoir si tu vois c’que j’veux dire !

Attends…

Brusquement, Manuel fit silence et cette interruption me terrifia… Je restai figé quelques minutes avant d’appeler de nouveau Manuel en chuchotant, mais le contact était rompu et il ne me répondit plus, sans doute n’était-il déjà plus dans sa cellule. Je restai de longues heures dans le coin de ma cellule sans rien faire, incapable d’aligner deux pensées cohérentes. Je finis par m’endormir sur le matelas, dans un état lamentable, en sanglotant pitoyablement sur mon sort.

Passons à PMC maintenant, voici un extrait du tome 1 quand Felice Pajera croit pouvoir faire un « tour de manège » en se faisant injecter dans un simuli de l’institut PMC… Mais une mauvaise surprise l’attend :

RONALD HOBBS. — Alors Monsieur Pajera, toujours prêt à faire le « grand saut » ?

FELICE PAJERA. — Plus que jamais !

RONALD HOBBS. — Bien, très bien. Je vais vous confier aux mains expertes de Bernard Bousson qui va superviser votre transfert. Je resterai ici tout le temps, ainsi, nous sommes deux à veiller sur vous…

FELICE PAJERA. — Trop aimable, je me place désormais entre vos mains…

Tu ne crois pas si bien dire, connard, pensa Ronald esquissant un sourire. Une fois le transfert terminé, Felice gisait inconscient sur le plan du scanner. Bernard Bousson se tourna vers son chef pour lui demander ce qu’il devait faire ensuite…

RONALD HOBBS. — Balance-le directement dans le simuli de navigation aérienne.

BERNARD BOUSSON. — Celui de Qantas ?

RONALD HOBBS. — Non, on va lui offrir le grand frisson d’entrée de jeu… Injecte-le sur celui d’Aeroflot plutôt !

BERNARD BOUSSON. — Ah ouais, carrément ?!

Felice se réveilla péniblement. Il était encore en pleine torpeur, incapable de se rappeler où il était et ce qu’il faisait avant de s’endormir… Mais, à en juger par le bruit autour de lui, il était évident qu’il n’avait pas dormi dans son lit.

Il réalisa qu’il était assis dans un siège avec une ceinture au niveau de l’estomac et un dossier juste devant lui… Un siège d’avion, il était donc dans un avion !

Oui, ce ne pouvait être qu’un avion de ligne, mais il ne comprenait rien aux voix qu’il entendait… En écoutant plus attentivement, il comprit que ses voisins immédiats parlaient russe.

Tout le monde était très agité ; les hôtesses passaient d’un rang à l’autre, criant ce qui semblait être des ordres, mais quels ordres ?

Tout était dit en russe et même si Felice reconnaissait la langue, il n’y comprenait rien. Au bout d’un moment, il réalisa qu’elles vérifiaient les ceintures de sécurité des passagers. Les hôtesses paraissaient très tendues. Il en vit même une qui se passait la main dans les cheveux avec un air hagard… Cette vision provoqua une angoisse sourde chez Felice.

Les lumières du couloir s’éteignirent en provoquant quelques cris. Soudain, une explosion déchira l’air derrière lui… Cela se passait tout au fond de l’avion, mais c’était comme si le bruit avait rempli tout l’espace. Alors que la déflagration paraissait déjà énorme, le bruit du vent qui suivit semblait encore plus important. Les hurlements remplacèrent les cris et tout le couloir de l’avion semblait avoir basculé dans la panique la plus primaire.

Felice se retrancha dans son siège et prit sa tête entre ses mains, non dans un geste de protection, mais pour essayer d’atténuer le bruit ambiant. Alors que le niveau sonore semblait déjà à son maximum, la tempête enfla encore lorsque l’avion fit un piqué très accentué. Toute la carlingue vibra et le sifflement aérodynamique monta dans le suraigu. Dans cette ambiance dantesque, Felice put tout de même percevoir que le pilote venait de sortir le train d’atterrissage et que les portes du train venaient d’être arrachées par la vitesse… Les masques à oxygène tombèrent du plafond, mais Felice n’arriva pas à attraper le sien tant il était plaqué sur son siège par l’accélération continue de l’appareil.

À chaque instant, il semblait que le paroxysme était atteint, mais non, puisque cela montait encore d’un cran l’instant d’après. Felice ne pouvait plus se contenir, il était totalement terrifié et il devait extérioriser sa peur, il fallait qu’il puisse exprimer à son tour ce qui grandissait au fond de lui : il ouvrit la bouche et se mit à crier comme jamais de sa vie. Il hurlait sans même reprendre son souffle, il criait comme si cela allait lui permettre de se sentir mieux. En fait, il réalisait qu’il était en train de perdre tout contrôle de lui-même et qu’il n’aurait pu s’arrêter de vociférer même s’il l’avait voulu !

Il ne savait même pas si un cri sortait de sa gorge tellement l’air était saturé de bruits qui remplissaient tout. Les vibrations commencent à me brouiller la vue, pensa-t-il, mais non, il était simplement en train de s’évanouir…

RONALD HOBBS. — Alors, ça vous a plu ?

FELICE PAJERA. — Espèce de salopards ! Qu’est-ce que vous m’avez fait ?

Jamais je n’ai eu aussi peur ; je ne sais même pas si je vais pouvoir effacer cela un jour !

RONALD HOBBS. — Croyez-moi, ça va rester, bien profond et bien présent. Vous savez désormais ce que c’est que de ressentir vraiment la peur… Voulez-vous y retourner ?

FELICE PAJERA. — NON !

Vous allez me libérer immédiatement et vous pouvez dire adieu à votre autorisation, je vais arranger votre dossier, vous pouvez me croire !

RONALD HOBBS. — Bernard, que peut-on proposer à notre hôte pour l’amuser encore un peu ?

On ne va pas le renvoyer dans un Tupolev 154, la seconde fois on commence à s’habituer au stress… Mais des situations bien flippantes, on en a un paquet, non ?

BERNARD BOUSSON. — Il suffit de demander ! Que penserais-tu de la rupture du grand barrage de Roselend ?

RONALD HOBBS. — Ah oui, c’est bien ça, notre ami va adorer…

FELICE PAJERA. — Attendez, attendez quoi, merde !

D’accord, j’ai compris. Je ferai ce que vous voudrez, mais ne me renvoyez pas là-dedans…

RONALD HOBBS. — On devient raisonnable tout d’un coup… C’est bien. Alors voilà, Monsieur le fonctionnaire, je vais vous expliquer les règles du jeu : on tient un pion, vous. Et on peut lui faire ce qu’on veut, vous en avez eu un petit aperçu. Donc, vous allez nous fignoler un dossier impeccable, vous assurez qu’aucun de vos collègues ne vienne nous voir et que notre autorisation soit valide en permanence… Sinon, votre double va subir les pires tourments, vu ?

FELICE PAJERA. — Compris.

Mais comment puis-je être sûr que vous allez bien traiter mon… « double » ?

RONALD HOBBS. — Mais vous pouvez revenir nous voir quand vous voulez et Bernard pourra vous donner un aperçu des conditions de vie de votre double… Vous allez être une addition utile à nos systèmes, mais nous allons vous placer dans une situation confortable, n’ayez crainte !

Bernard, tu as une idée du meilleur endroit pour notre invité ?

BERNARD BOUSSON. — Je pense qu’une place de conseiller auprès d’un chef d’État pourrait lui plaire, non ?

RONALD HOBBS. — Ah oui, c’est bien, ça !

Qu’en pensez-vous cher ami ?

FELICE PAJERA. — Promettez-moi qu’il ne subira pas de situation stressante et ça me suffira.

RONALD HOBBS. — Tant que nos rapports avec votre administration seront satisfaisants, votre double mènera une vie de rêve dans les alcôves du pouvoir… Mais à la moindre incertitude venant de votre côté, il tombera aussitôt dans un abîme de chaos et de souffrances !

FELICE PAJERA. — Je… je vais voir ce que je peux faire… Je vais faire de mon mieux.

RONALD HOBBS. — Veillez bien à ce que votre « mieux » soit à la hauteur. Car n’imaginez même pas que faire fermer l’institut soit une solution : nous allons injecter une copie dormante de votre double dans tous les systèmes qui sont connectés aux nôtres. Il suffit que nous arrêtions de lui envoyer régulièrement un certain code pour que les copies se réveillent et prennent conscience… N’importe où, cela va de soi. Et là, les mauvaises surprises peuvent être nombreuses.

FELICE PAJERA. — Ça va, j’ai compris. Vous ne serez pas déçus.

RONALD HOBBS. — Bien, très bien. Alors, je pense que la visite est terminée, Monsieur le fonctionnaire ?

L’extrait du tome 2 que je vous propose, se déroule pendant la chasse à l’homme organisée par Don Vesco avec les spéciaux dans le but d’attraper Vincent et ses compagnons. Mais l’embuscade tourne mal…

AJAX. — Don Vesco, je crois que ça bouge sur le réseau !

DON VESCO. — Aha, je savais bien qu’il suffisait de surveiller cette console. Bien, on ne perd pas de temps, on y va direct. Héraclès, rassemblez vos hommes et réglez tous vos modules sur le chiffre que vous voyez ici.

Don Vesco et le groupe d’Héraclès se préparèrent en quelques minutes et sautèrent tous ensemble vers la destination pointée par la console. Ils se matérialisèrent aux abords du camp CP8 et ne furent pas longs à repérer le groupe composé du Colonel, Simon, Vincent et des autres…

DON VESCO. — Souvenez-vous que je les veux vivants. On les encercle, on leur saute dessus et on les capture, pas d’impairs hein !

HÉRACLÈS. — Bien compris Don Vesco, on va leur tomber dessus avant qu’ils aient le temps de comprendre leur douleur…

Ajax, Achille et les autres tacticiens se mirent à ramper vers le feu de camp autour duquel Vincent et les autres discutaient bruyamment sans se soucier du reste. Soudain, le Colonel se figea, tendit l’oreille et fit signe de faire silence. Abel, Simon et Topper se regardèrent, se demandant ce qu’entendait le Colonel. Ce dernier sortit un pistolet et, tout à coup, l’atmosphère changea du tout au tout.

Un premier coup de feu claqua. C’est le Colonel qui venait de tirer et, aussitôt, Hector, Persée et Ulysse répliquèrent. La nuit était zébrée de courtes flammes jaillissant des armes, le bruit était terrible, la fumée et l’odeur de la poudre commençaient à se faire bien présentes. Vincent s’était jeté au sol en prenant Vincent senior par la manche. Le Colonel tirait toujours alors que Simon tombait lentement au sol en se tenant le ventre à deux mains. Abel se dirigea aussitôt vers lui, mais, atteint à son tour, il s’effondra sur Garfunkel déjà à terre.

Allongé dans la poussière, Vincent montra son module à Vincent senior et à Topper, leur faisant comprendre qu’il était temps de sauter ailleurs…

Le reste du petit groupe s’éclipsa ainsi alors que Don Vesco hurlait « Cessez le feu ! » pour reprendre le contrôle de la situation. Ne restaient sur place que les corps de Simon et d’Abel. Ce dernier était déjà mort et Simon ne valait guère mieux. Il râlait doucement en se tenant le ventre tout ensanglanté. Don Vesco était écœuré par ce désastre et sa rage se retourna contre le groupe d’Héraclès :

DON VESCO. — Mais vous êtes vraiment trop cons !

« Tirer dans le tas », c’était ça votre plan pour les cueillir en douceur ?

HÉRACLÈS. — Mais ce sont eux qui ont tiré en premier, voyons !

On n’allait pas rester là sans rien faire pendant que le grand moustachu nous canardait, non ?

DON VESCO. — Mais vous n’avez pas vu qu’il tirait sans même viser ? Et d’ailleurs, nous n’avons aucun blessé de notre côté, c’est bien la preuve ! Il fallait se jeter sur eux, pas tirer sur eux, bande d’incapables ! Allez, disparaissez, retournez au camp… Je ne veux plus vous voir.

Pour le tome 3, j’ai choisi le passage où Don Vesco explique l’origine des simulis Vincent et Vincent senior. C’est plus un monologue qu’un dialogue d’ailleurs…

DON VESCO. — EPFL pour école polytechnique fédérale de Lausanne. Donc, j’étais avec Didier Carron en 2012 quand il était mon maitre de thèse. J’ai travaillé pour lui et avec lui par la suite, quand nous avons consacré tout notre temps à parfaire les simulations existantes. Elles étaient déjà très utilisées dans de multiples contextes et le milieu universitaire évoquait déjà l’idée de les relier entre elles. Avec Didier, nous formions le binôme idéal : il avait des intuitions géniales et moi j’avais la volonté et l’énergie pour les concrétiser. C’était le maitre et l’élève dans ce que cela avait de mieux. Nous avons vite compris que si nous voulions sortir du lot et être publiés, il fallait se consacrer à un domaine en particulier. Nous avons choisi l’immersion totale et nous n’avons plus jamais dévié de notre but : être capables de s’injecter dans une simulation et y interagir comme si c’était une réplique du monde réel.

Vincent et senior se regardaient, les deux avaient sursauté quand Don Vesco avait évoqué l’année 2012… Mais ce dernier ne changea pas de ton même s’il remarqua la surprise de ses auditeurs.

DON VESCO. — Nos premières tentatives n’ont pas été formidables : nous étions tombés dans le panneau de vouloir rester conscients tout en s’imposant une immersion traumatique dans un environnement simulé. En clair, ça donnait l’impression d’être enterrés vivants !

On a vite compris que c’était une impasse et on a décidé de faire le grand saut : le transfert synaptique. On a bien fait parce que, finalement, ça s’est avéré bien plus facile que l’on ne pensait au départ… Mais nous étions les premiers à aller dans ce sens et les seuls à réussir. Une partie de cette réussite venait du fait que j’étais toujours partant pour jouer les cobayes alors que les autres équipes, plus prudentes ou plus timorées, faisaient appel à des volontaires qui variaient continuellement. En nous basant sur mes seuls relevés, nous avons pu avancer beaucoup plus vite que les autres… La vérité, c’est que j’adorais cela !

Chaque expérience d’immersion était comme une bascule dans un monde conçu sur-mesure par nous et pour nous. J’en profitais pour y réaliser tout ce qui restait hors de portée dans le monde réel. Il est difficile de dire si j’ai vraiment été le tout premier à explorer ce monde, en revanche, je suis certain d’être le premier à y avoir accumulé autant d’heures. J’étais comme les cosmonautes des années 60 sauf que notre travail n’était pas télévisé, lui.

Notre recherche commençait à avoir un certain retentissement, mais les critiques ont commencé à pleuvoir aussi. Les neurologues, en particulier, nous reprochaient de jouer avec le feu. Ils insistaient sur le fait que le cerveau n’était pas adapté au fait d’être « mis en stase » comme nous le faisions pendant l’immersion. Didier Carron était sensible à ces critiques alors que je voulais aller de l’avant. Par prudence, il a décidé de limiter radicalement nos temps d’immersion. Cela ne me convenait pas, j’étais sûr qu’on pouvait les augmenter sans problème.

En 2018, j’ai décidé de quitter Carron, l’EPFL, et de voler enfin de mes propres ailes. J’avais fait quelques rencontres intéressantes à Genève et j’avais la confiance d’un fonds d’investissements.

C’est comme cela que j’ai pu créer l’institut PMC. On l’a appelé ainsi avec mes actionnaires, car ça faisait plus sérieux que « simulations en tous genres ». PMC veut dire Prévision, Maitrise, Contrôle, c’est discret, un peu abstrait, mais ça a tout de suite plu aux grands clients qui adorent procéder à des études de comportements. On a installé PMC à Bruxelles pour des questions de réglementation : les Suisses étaient potentiellement plus restrictifs que les Belges de l’Union, ça nous convenait tout à fait. Hum, je vois que je vous ennuie avec ma boîte… Ok, j’avance.

Au moment où j’ai créé PMC, la recherche en matière de simulis avait déjà beaucoup avancé et on commençait le fonctionnement en réseau qu’on connait aujourd’hui. Officiellement, je n’effectuais plus de recherche à proprement parler, mais uniquement des mises en application. J’avais tout de même un contrat de collaboration avec l’EPFL, afin d’avoir accès au réseau universitaire des simulis qui était le premier à être opérationnel. Je consacrais une partie de mes ressources à faire tourner des simulations historiques pour l’EPFL, mais ça plaisait beaucoup à mes clients qui y voyaient une preuve que mes réalisations étaient au top niveau.

Très vite, j’ai eu envie d’une présence permanente au sein de notre simuli de base et pas seulement des petites périodes d’immersion de quelques heures par jour. La solution, c’était de me dupliquer et j’ai sauté le pas. C’est comme cela que je suis devenu Don Vesco.

VINCENT sENIOR. — C’est quoi votre vrai nom en fait ?

DON VESCO. — Dans le monde réel, je suis Ronald Hobbs. Enfin, « il » est Ronald Hobbs, car nous sommes deux désormais. Un peu comme vous deux… Mais nous, nous avions pile le même âge quand j’ai décidé d’appliquer la duplication afin de pouvoir rester dans le simuli en permanence. Bien entendu, depuis, je vieillis deux fois plus vite que Ronald et, aussi, je me suis laissé pousser la barbe afin de ne pas avoir d’effet miroir quand il venait me voir dans le simuli. Bref, tout allait bien jusqu’à « l’accident ».

VINCENT sENIOR. — Quel accident ?

DON VESCO. — Nous avions l’armée comme client. Un jour, le général Féraud me fait une demande qu’on ne refuse pas : procéder au scan de deux cents hommes d’un coup !

C’était une grosse affaire, un contrat juteux. On s’est évidemment jetés dessus même si on n’avait pas vraiment les capacités pour l’accomplir dans de bonnes conditions : on n’avait que deux matrices pour les scans et on traitait tout ce petit monde à la chaine. On n’aurait jamais dû faire cela et ce qui devait arriver arriva : une des matrices s’est déréglée et, avant qu’on s’en rende compte, nous avions opéré des transferts destructifs pour une grosse vingtaine de militaires… Une grosse catastrophe !

Encore heureux qu’il s’agissait de l’armée… le général Féraud a pris les choses en main, il a étouffé l’affaire, il a fait croire aux familles qu’il s’agissait d’un exercice sur le terrain qui avait mal tourné. En un sens, c’était vrai.

VINCENT sENIOR. — Et qu’avez-vous fait de ces gens de votre côté ?

DON VESCO. — Ah mais pour nous, c’était différent. Pour nous, ils étaient toujours bien vivants, mais coincés dans le simuli. On ne pouvait plus les faire remonter dans le monde réel, car leurs corps physiques étaient détruits. Leurs cerveaux ne pouvaient plus recevoir les consciences après le séjour dans le simuli. Le scan avait tout grillé. Et encore, on s’en aperçut au bout de vingt, ça aurait pu être pire !

VINCENT sENIOR. — Vous me paraissez bien léger face à cet accident. Votre truc, c’est l’équivalent d’un naufrage pour ce nouveau domaine !

DON VESCO. — Raison de plus de ne pas vouloir l’ébruiter… Nous avions besoin d’un flux constant de volontaires afin d’alimenter nos simulis avec des nouvelles consciences. Car, j’étais le seul à le faire, mais je n’hésitais plus à pratiquer les duplications systématiques : tous ceux qui passaient par un transfert synaptique, ça engendrait des consciences permanentes pour nos simulis. Très vite, on s’est retrouvés avec une population de « permanents » significative. Dans un sens, c’était bien : ça nous permettait des simulations bien plus précises qu’avec des IA qui étaient encore bien trop imparfaites et rigides. Mais dans l’autre, nous avions un sérieux problème à gérer : comment tenir cette population sous contrôle ?

C’est pour cela qu’on a mis en place notre système de camps que vous connaissez.

VINCENT. — Et nous, nous venons d’où ?

Nous sommes issus de votre lot de militaires malheureux ou des volontaires que vous avez trompés ?

DON VESCO. — Comme vous pouvez vous en douter, le Colonel est un militaire. Les autres viennent surtout des volontaires. Je pense que c’est ce dernier cas pour vous deux.

Un nouveau chapitre du livre « Dr Miracle » en cours d’écriture…

Et voici le 5ème et dernier chapitre de ce tome « saison 1970 » des aventures de Dr Miracle !

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5— Enzo Ferrari

Alors que je séjournais à Paris, Gérard Crombac me contacta pour me présenter quelqu’un de « spécial ». Au téléphone, il ne voulut pas en dire plus, mais je savais que je pouvais lui faire confiance : s’il disait qu’il fallait que je le rencontre, c’est que ça en valait la peine…

C’est ainsi que je me rendis au restaurant « Le racing » sans savoir qui était ce mystérieux personnage. Crombac était là et, à côté de lui, un jeune homme. Je me suis d’abord dit qu’il devait s’agir d’un jeune pilote, mais Gérard dissipa le doute en faisant les présentations :

– Je te présente Piero Lardi qui est venu spécialement de Maranello à Paris pour te voir !

Piero Lardi, ce nom ne me disait rien, mais la seule mention de Maranello suffisait à m’électriser instantanément… C’est une petite ville de l’Émilie-Romagne, mais c’est surtout là que sont situés le siège et l’usine historique de Ferrari. Piero s’exprimait dans un anglais médiocre, mais tout de même compréhensible.

– Monsieur Lefranc, je sais que ce que vous avez fait pour Porsche. Je ne suis pas ici pour vous le reprocher, bien joué de leur part. Mais, désormais, mon père aimerait pouvoir, lui aussi, bénéficier de vos services.

Quand il m’a dit « mon père », je n’ai pas compris tout de suite et il m’a fallu le hochement de tête de Crombac pour piger : Piero était bien en train d’évoquer le commendatore Enzo Ferrari. Gérard Combac m’expliqua ensuite que Piero était bien le fils d’Enzo Ferrari, mais illégitime. C’est pour cela qu’il avait gardé le nom de sa mère, Lardi. À cette époque, il s’agissait encore d’un secret (mal gardé) et ce n’est que plus tard que Piero prit le nom de son père sans pour autant effacer celui de sa mère (Piero Lardi Ferrari).

Piero Lardi me proposait de venir à Maranello rencontrer le commendatore en personne. J’aurais bien voulu accepter l’invitation sur-le-champ, mais je lui expliquais que j’étais encore en mission pour Piech à ce moment-là. Il me fallait donc son autorisation… Je retournais voir Piech à Stuttgart afin d’arranger cela. À ma grande surprise, il accepta presque tout de suite. Il me chargea même de porter un message à Ferrari : il préparait un moteur à 16 cylindres pour la saison prochaine afin de rendre sa 917 définitivement inaccessible !

Piech ne me confiait pas tous ses secrets, mais je soupçonnais qu’il y avait effectivement des choses inédites en préparation avec ses équipes de techniciens… En vérité, ce n’était pas de décourager Ferrari que Piech visait, mais plutôt d’aller conquérir de nouveaux territoires : la Can-Am aux USA. J’en parlerais plus tard.

Fort de cette autorisation facilement obtenue, je prenais la route de Maranello après avoir convenu d’un rendez-vous avec Lardi. Je dois avouer que j’étais très impressionné par cette perspective : rencontrer Enzo Ferrari dans son antre, c’était à peu près l’équivalent de rencontrer le Pape en audience privée au Vatican !

Déjà à cette époque, Ferrari avait une stature exceptionnelle : en plus de ses nombreux titres et victoires, c’était aussi l’homme qui avait osé dire « non » à Henri Ford II (l’épisode de la proposition de rachat de Ferrari par Ford était encore dans toutes les mémoires). Je retrouvais Lardi directement à l’usine de Maranello et il m’annonça que je pourrais voir Ferrari dès le lendemain midi au restaurant « Cavallino » dans le salon privé qui lui était réservé.

À l’heure dite, je me présentais au restaurant et on m’accompagna dans l’arrière-salle où se trouvait la porte qui donnait dans le salon privé. Avant même d’être en présence du commendatore, on sentait déjà tout un cérémonial digne d’un chef d’état. J’entrais enfin et je le vis attablé avec ses fameuses lunettes noires. Piero vint à ma rencontre et tenta de me mettre à l’aise. C’est lui qui allait nous servir de traducteur lors de ce déjeuner. Des pennes m’étaient déjà servies et je tentais de faire bonne figure en mangeant aussitôt. Le commendatore prit la parole avec sa curieuse voix, un peu gutturale pour un italien.

– Aider Porsche à battre ma scuderia vous a sans doute rendu fier, mais je suis assez lucide pour savoir que nous nous sommes battus nous-mêmes en vérité. Et c’est justement de cette saison frustrante que je veux vous entretenir. Pour une fois, nous avions les moyens de bien faire et, en plus, cette année, il y a moins de grèves que l’année dernière. Et pourtant, tant en Sport qu’en Formule un, nos résultats sont loin d’être là où ils devraient.

Je concédais d’un hochement de tête, conscient que ce n’était pas encore à mon tour de parler.

– Je veux que cela cesse. Je veux mettre fin à ce gâchis. Je veux que notre potentiel puisse s’exprimer et que la scuderia soit de nouveau à la première place. Je sais que votre spécialité est justement de donner de bons conseils aux gens de la course. Piech vous a écouté et pas Lagardère. On voit aujourd’hui ce que cela a donné. Je ne veux pas être le dernier à profiter de vos talents… Voulez-vous devenir notre consigliere ?

C’est comme ça que je me suis rendu compte que Ferrari était bien renseigné. Sans doute que Crombac avait briefé Lardi avant de venir me trouver. Gérard aimait bien jouer le rôle d’entremetteur plus ou moins occulte. Quand Ferrari évoquait les « moyens de bien faire », il faisait référence aux millions investis par FIAT pour moderniser ses installations (FIAT venait de prendre 40% du capital !). Cette manne bienvenue était également source de tension, car Ferrari avait désormais des comptes à rendre même s’il n’aurait jamais admis cette contrainte publiquement. Avant d’accepter sa proposition, je posais mes conditions à Ferrari : un accès sans restrictions au personnel de la scuderia (y compris les pilotes) ainsi que de l’usine et la possibilité d’accompagner le team sur les courses en tant qu’observateur. Ferrari opina brièvement. L’entretien était déjà clos et je compris que c’était Lardi qui était chargé de me « traiter » lors de ma mission.

En sortant du Cavallino, Piero me proposa de nous rendre à Monza où Reggazoni et Giunti allaient tester cet après-midi la toute nouvelle version de la voiture de sport-prototype : la 512M (M pour modificata). Ce serait aussi l’occasion de rencontrer Mauro Forghieri, l’homme orchestre de la scuderia, le vrai patron sur le terrain.

Une fois à Monza, je pus voir tourner le nouveau proto, les pilotes se relayant à son volant et Forghieri animant tout ce petit monde. Je l’avais déjà vu à l’oeuvre au Nurburgring et au Mans. Il était clair que Mauro était partout à la fois et qu’il aimait cela. Je demandais à Lardi qui était le directeur sportif en titre actuellement. Piero, un peu gêné, me répondit que c’était toujours le vieux Dragoni, mais que celui-ci ne se montrait plus guère sur les circuits, laissant ainsi toute la place à Forghieri qui l’occupait allégrement. Jacky Ickx était là aussi, mais en civil : il n’était pas prévu qu’il tourne cet après-midi sur la 512M, mais seulement demain sur la 312B (la monoplace de F1). J’en profitais pour commencer avec lui la série d’interviews propre à ma méthode d’investigation. Le contact se fit facilement avec le jeune pilote belge. Réputé pour être aussi calme que rapide (et encore plus sous la pluie), Ickx était incontestablement une des grandes vedettes du moment.

– Ah, c’est donc toi le « porte-bonheur » de Ferdinand Piech ?

Depuis qu’il a mis la main sur toi, il peut enfin en remontrer à Wyer. Je connais bien John et il doit bouillir… Ne lui dit pas ton rôle ou « death ray » va te foudroyer !

– Tu peux me dire ton sentiment sur la situation de la scuderia depuis que tu y es revenu ?

– Hum, c’est la vraie question !

Les Italiens ne sont pas faciles à décoder, encore moins que les Anglais. Les teams britanniques travaillent quasiment en silence et accueillent la victoire comme si elle allait de soi. Les Italiens, ça n’a rien à voir : tout est drame avec eux et ils font beaucoup de bruit, dans la défaite comme dans la victoire. Mais croire qu’ils sont juste des bouffones, c’est se tromper profondément. Ils ont autant de « will to win » que les britanniques, ils l’expriment différemment, voilà tout.

Pour en revenir à ta question, si Ferrari faisait comme Brabham ou Lotus, en se concentrant sur la F1, on gagnerait tous les grands prix, je peux te le dire !

La 312B est bien meilleure que la monoplace de la saison précédente, mais elle est aussi toute neuve… Il faut prendre le temps de la peaufiner. Mais là, tu vois, la priorité, c’est encore la 512 de sport, hélas. Déjà, les manches du Championnat du monde des voitures de sport nous ont accaparés et, en plus, il y avait Le Mans en plein milieu qui demandait des versions spécifiques (les fameuses longues queues, Ferrari en a même aligné encore plus que Porsche aux dernières 24 heures du Mans…).

– Tu penses que s’aligner en proto et en F1, c’est trop ?

– C’est sûr que ça fait beaucoup de travail. Mais, il faut être juste, c’est aussi ce que nous voulons, nous les pilotes. Si on ne devait faire que de la F1 comme Stewart, on ne roulerait pas assez souvent !

Et même lui, il participe aux courses F2, alors… Je suis justement retourné chez Ferrari parce que c’est la seule équipe capable de me proposer des voitures compétitives dans les deux catégories, à part Matra peut-être et encore. Regarde Siffert qui a renoncé à aller chez Ferrari pour ne pas couper ses liens avec Porsche, mais, du coup, c’est Piech qui lui paye sa saison chez March. Donc, non, la solution n’est pas de renoncer aux voitures de sport, mais plutôt de savoir définir les bonnes priorités au bon moment. Là, on vient encore de se prendre une raclée à Watkins Glen en sport, il est temps de se consacrer à la F1, car la dernière course du championnat des grosses voitures n’est plus qu’en octobre, c’est loin (nous sommes à mi-juillet au moment de cette conversation, juste avant le grand prix de Grande Bretagne).

J’aimerais bien avoir un peu plus de fiabilité, car, côté vitesse, la 312B est déjà bien. En Hollande, j’aurais pu gagner sans cette crevaison. Bon, on va  dire que c’est la faute à pas de chance, hein. Au moins, je termine tout de même 3e. En France en revanche, j’aurais vraiment dû gagner et mon moteur m’a lâché. J’espère enfin avoir plus de veine à Brands Hatch pour le prochain grand prix.

– Mais ces problèmes de fiabilité, ça vient de quoi d’après toi ?

– C’est toujours difficile à dire, je ne suis pas ingénieur !

Pourtant, ce qui est sûr, c’est que j’aimerais qu’il y ait une équipe de mécaniciens dédiée à la F1 et seulement à ça. Cela permettrait de consacrer plus de temps et donc plus de soins au montage des moteurs.

– Et le rôle de Forghieri dans tout cela ?

– Moi, j’aimerais qu’il soit moins seul : il fait tout !

Mais je le connais assez pour savoir qu’il aime cela. Il veut être partout, car, techniquement, il ne fait pas confiance aux autres. Donc, il ne veut pas déléguer. Moi, je considère que c’est un génie au niveau conception, mais j’aimerais avoir autre chose qu’un génie persuadé d’avoir toujours raison comme ingénieur de piste… Tu vois ce que je veux dire ?

– Parfaitement !

Mais il arrive vraiment à tout mener de front ?

– En apparence, oui. Mais tu ne m’ôteras de l’idée que toute la scuderia serait plus efficace si Forghieri se contentait de concevoir des nouvelles voitures et de corriger les défauts des actuelles. Là, en ce moment, il en train de finir la conception d’une nouvelle barquette 3L qui utilisera le moteur de la F1, mais sera bien plus légère que la 512. C’est plus ou moins inspiré de ce qu’a fait Porsche avec la 908/3. C’est une bonne idée, il faut faire cette voiture, mais pas au prix de négliger les actuelles sur lesquelles il y a encore beaucoup de travail.

La discussion avec Jacky fut très éclairante. Je n’ai pas réussi à avoir la même qualité de contact avec Clay Reggazoni et Ignacio Giunti ne parlait que l’italien. Je me suis donc tourné vers le gros morceau : l’ingénieur Forghieri en personne. Avec lui, l’interview fut difficile à mener, c’était à la limite de la confrontation…

– Si vous êtes venus m’expliquer comment faire mon travail, vous pouvez repartit d’où vous venez !

– Allons, ai-je jamais prétendu quelque chose d’approchant ?

Je voulais simplement comprendre comment vous faisiez pour mener de front autant de tâches… Et, croyez-moi, j’ai le plus grand respect pour vos réalisations.

– Admettons. Mais si on faisait l’inverse ?

Si c’était vous qui m’expliquiez ce que vous allez nous apporter, hein ?

– Pourquoi pas !

Après tout, si je demande de la transparence, je dois aussi donner l’exemple. Donc, mon rôle est simple : c’est d’accompagner les équipes vers le succès. Je mets le doigt sur les raisons pour lesquelles le potentiel de tel team ne se traduit pas en victoires. Voilà ce que je fais et je crois que je le fais bien.

– Et modeste avec cela !

– Allons mister Forghieri, vous n’allez pas prétendre que vous êtes satisfait par les résultats de la scuderia cette saison, tout de même !

C’est bien la preuve qu’il y a quelque chose qui coince, non ?

Et vous n’avez pas envie que je mette le doigt dessus, que je dise au commendatore ce qu’il faut faire pour améliorer les choses ?

– Mais je vais vous dire ce qui coince moi, c’est le temps !

Oui, depuis un an, nous courrons après le temps perdu et, croyez-moi, c’est plus difficile à rattraper qu’une Lotus ou une Porsche…

– Le temps perdu, quel temps perdu ?

– Ah, vous débarquez chez nous en voulant tout régenter, mais vous ne savez rien en fait !

– Et si vous m’expliquiez, avec vos mots, per favore, ingegnere…

– En fait, ce sont vraiment les grèves de 1969 qui nous ont plombés. L’année dernière, j’avais déjà terminé la conception de la 512S et du moteur boxer 3L pour la F1, mais je n’ai pu mettre les pièces spéciales en production que très tardivement. Du coup, au lieu que le nouveau moteur de la F1 puisse être éprouvé lors des derniers grands prix de la saison 69, il a fallu attendre le début de la saison 70, avec les mauvaises surprises qu’on a toujours dans ces cas-là. Pour la 512S, cela a été encore pire : à part quelques tests sommaires, la voiture n’avait presque pas roulé avant d’arriver à Daytona en février dernier. Je vous rappelle que Porsche a passé presque toute la saison 69 à dompter sa 917 et à arriver à en faire quelque chose de correct. Et encore, in extremis !

Mais les Allemands ne font pas de F1 eux, et ils n’ont pas été embêtés par les grèves de syndicalistes irresponsables. Il faut dire que leurs communistes sont bien à l’est alors que les nôtres sont en plein milieu du pays… Il faudrait tous les envoyer en Sicile !

Bref, le retard de mise au point dont on souffre encore aujourd’hui, il faut comprendre qu’il vient de l’année dernière qu’on a passé à attendre que les sous-traitants puissent enfin travailler. C’est là toute l’histoire.

– Je vois. Et, à propos de VOS méthodes de travail, vous pouvez me dire pourquoi vous ne voulez pas déléguer votre présence sur les circuits à des ingénieurs de piste qui seraient vos yeux et vos oreilles sur le terrain… ça vous permettrait de passer plus de temps à la conception, non ?

– Ah parce que vous croyez que ça m’amuse de gérer les pilotes et des me taper des milliers de kilomètres en déplacement tout au long de la saison ?

Mais voilà, si je veux récolter des vraies données pour faire progresser mes voitures, il n’y a pas d’autre choix possible. Un ingénieur de piste qui ne sait pas, qui ne comprend pas pourquoi j’ai choisi telle ou telle option technique sur le châssis ou le moteur ne me sert strictement à rien. Il va simplement faire comme les pilotes : se plaindre sans cesse que la voiture ne se pilote pas toute seule et ainsi de suite.

Non, si je veux que mes réalisations soient bien utilisées sur le terrain, il faut que ce soit moi qui en définisse les réglages, point.

Tout le reste de l’échange fut à l’avenant. Je crus à tort que Forghieri m’avait détesté dès le premier regard, mais Lardi m’expliqua vite qu’il était comme cela avec tous.

Je pus revoir le commendatore dans la semaine qui suivit et je lui exposai mon diagnostic en peu de mot : il faut contraindre Forghieri à rester sur sa planche à dessins et nommer des vrais ingénieurs de piste ainsi qu’un vrai team manager qui joue le rôle de directeur sportif laissé vacant trop longtemps. Ferrari m’écouta et resta silencieux un bon moment…

– Croyez-vous que je ne me doutais pas que Forghieri était la clé du problème ?

Mais il est aussi la clé de voute de ma scuderia. Dix fois j’ai tenté de le mettre au placard. Je l’ai même muté au département production des voitures pour les clients !

Mais dix fois je suis venu le chercher pour remettre les choix techniques du reparto corse sur des rails. Il est comme cela, c’est un génie, je suis bien placé pour le savoir, mais c’est aussi un type impossible. Seulement, si je veux bénéficier de son génie, je suis aussi obligé de le supporter, pas de lui couper les ailes.

Nous en restames sur ce constat et il était temps de s’envoler pour Brands Hatch. Le grand prix de Grande-Bretagne fut le théâtre d’un nouveau triomphe de Jochen Rindt (le troisième d’affilé !), même s’il eut sa part de chance (Brabham aurait gagné si sa voiture n’avait pas été un peu courte en essence dans le dernier tour…), et ce fut une nouvelle déconvenue pour Jacky Ickx : parti en tête, il renonça rapidement suite à une panne de transmission. Encore un ennui mécanique alors que Rindt s’envolait au championnat avec sa Lotus.

Cette déception supplémentaire fit déborder le vase, un conseil de crise mené séance tenante à Maranello permit à Ferrari d’imposer une décision qui était pile dans la ligne de mes recommandations : Forghieri était tenu de rester cloitré dans son bureau d’étude afin de trouver les solutions propres à fiabiliser la 312B de formule un.

Et le miracle se produisit : en à peine deux semaines, Forghieri mit en place des procédures de montage des moteurs, de la boite de vitesse et de l’assemblage de la monoplace qui portère leurs fruits. C’est Forghieri lui-même qui m’avoua qui voulait faire cela depuis bien longtemps sans pouvoir vraiment s’y mettre faute de temps. Mais là, sous la pression du patron, il put enfin s’y consacrer et résoudre le problème.

Du coup, le grand prix suivant (à Hockenheim en Allemagne de l’Ouest) fut l’occasion d’une résurrection de la scuderia : après avoir signé la pole position aux essais, Ickx batailla avec Rindt pendant toute la course pour échouer d’un souffle (mais terminer tout de même à la seconde place). Personne ne le savait encore, mais c’était aussi la dernière fois que Rindt terminait un grand prix…

Sur sa lancée, Jacky fit encore mieux en Autriche (à Zeltweg à la mi-août) en enlevant sa première victoire en F1 de la saison, il était temps !

Mieux encore, la scuderia fit un doublé inespéré avec Reggazoni qui terminait second derrière son chef de file (avec le record du tour en prime !). Un triomphe de bon augure avant le grand rendez-vous de Monza début septembre. Cette fois, le commendatore se déplaça en personne pour assister aux premiers essais (un geste rare de sa part qui ne restait jamais pour les courses). Il avait déjà quitté le circuit lorsque Jochen Rindt eut son accident… Mais il en fallait plus que le décès du leader du Championnat du monde pour gâcher la fête des Italiens : les bolides rouges dominaient la première ligne et s’offraient un nouveau doublé en course avec Reggazoni devant Ickx cette fois. À Monza, c’était du délire.

À Maranello, je sentis aussi le changement : même Forghieri sollicitait mes conseils désormais. C’est moi qui lui soufflai de laisser tomber le développement de la 512M pour se consacrer à la barquette 3L qui commençait à émerger pour de bon. En effet, les 917 me paraissaient déjà hors d’atteinte et, pour les battre, il fallait employer une arme différente, une voiture bien plus légère qui serait très à l’aise sur les circuits sinueux. C’est d’ailleurs ce que Porsche avait réalisé avec la 908/3, mais cette dernière devait être facile à vaincre, car son moteur était au bout de son potentiel alors que le Boxer qui équipait la F1 et la barquette n’était qu’au début de son développement.

Mauro n’eut pas grand mal à vendre le concept au commendatore tant la 512S avait déçu les espoirs placés en elle tout au long de l’année. Pourtant, la 512M fit bonne figure à Zeltweg en octobre pour le dernier meeting du championnat du monde des voitures de sport : parti de la pole position, Ickx s’envolait à un bon rythme à son volant avant que la mécanique mette fin à la belle histoire. Mais cette prestation permit tout de même de vendre des voitures aux écuries privées pour la saison 71 ainsi que des kits de conversion afin de transformer une 512S en 512M.

Pendant ce temps, Ferrari faisait pression sur la FIA afin de bannir les protos 5L du Championnat du monde… Ce qui fut acté pour la saison 72 : les grosses 917 et 512 n’avaient plus que la saison 71 pour dominer les circuits d’endurance avant que les trois litres puissent imposer leur règne.

Ma saison 70 s’achevait sur une bonne note puisque j’avais réussi à ajouter Ferrari comme client satisfait après Porsche. Je n’avais pas tout à fait réussi à mettre en oeuvre toutes mes idées, mais je commençais à avoir une bonne vision de mon rôle et de ma capacité à influencer les équipes afin de les mettre ou les remettre dans le chemin du succès.

71 s’annonçait bien également, car Piech voulait absolument me confier une nouvelle mission : trouver la bonne équipe à qui confier ses futures voitures afin de conquérir la Can-Am et le marché américain…

Extrait de mon livre « cette révolte qui ne viendra pas »

Voici un extrait de la conclusion de « Cette révolte qui ne viendra pas« . Mon livre « sur les questions de société » qui est déjà en quatrième édition…

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La grande inversion

Ce qui a changé fondamentalement dans notre rapport à la bêtise c’est l’inversion de la diffusion. Je m’explique : auparavant, les moyens de diffusion étaient principalement réservés aux élites. Peu importe ce qu’on a comme définition au mot élites, en gros il s’agissait de peu de gens qui s’exprimaient sur quelques sujets avec un niveau de qualité relativement élevé. On pouvait ne pas être d’accord avec ce qui était exprimé, il y avait également un filtre politique qui faisait que toutes les idées ne pouvaient pas s’exprimer mais, d’une façon générale, l’expression était d’un niveau assez bon.

À l’inverse, l’idiot du village, lui, n’avait pas accès à ces moyens d’expression. À cette époque, le pire qu’on puisse imaginer, c’était les chansonniers de cabarets. Ceci correspondrait au niveau d’expression le plus bas qu’on pouvait trouver à la naissance des médias de masse, puisque ces chansonniers de cabarets pouvaient passer à la radio, mais leur temps d’antenne était minoritaire par rapport aux autres contenus de qualité. Ce qui a changé fondamentalement avec notre époque c’est que justement, les moyens d’expression ont été mis à disposition des masses. On peut même dire, on doit même dire « ont été abaissés » jusqu’aux masses et les masses s’en servent.

On le constate également au sein de ses médias, on va inviter et mettre en avant, voir même glorifier dans une certaine mesure des gens qui ont un niveau bien plus réduit voire même pas de niveau du tout. Et ce même par rapport aux chansonniers d’avant-guerre. Ceux-ci n’étaient pas des références, n’étaient pas formidables, mais se tenaient quand même à peu près. Par exemple, j’ai toujours détesté Maurice Chevalier, mais finalement, Maurice Chevalier n’était jamais qu’un chanteur de variétés, comme il en a existé beaucoup d’autres. Dans les années 70-80, il y avait des artistes à peu près corrects, et il y en avait plein d’autres dont on devrait avoir honte encore aujourd’hui. Mais il y avait quand même un relatif équilibre dans la mesure où la médiocrité n’était pas omniprésente.

Aujourd’hui en matière de variété ou tout du moins dans ce qu’on appelle être l’équivalent de la variété, c’est presque invariablement d’un niveau très bas. Quand on voit le niveau de certaines personnalités mises en avant on est même très loin du talent des chansonniers d’avant-guerre. On peut même s’interroger sur la compétence ou le talent de base qui justifie qu’on invite, qu’on donne une tribune, qu’on donne une voix à des gens qui, il faut bien reconnaître, n’ont rien à dire. Sans avoir besoin de chercher très loin on a tous en mémoire les absurdités proférées à l’antenne par telle ou telle de ces personnes qui ont pour seul le mérite d’avoir faire rire (grassement) les plus abrutis d’entre nous.

C’est avec les réseaux sociaux qu’on a l’illustration la plus éclatante de cette grande inversion. La masse s’est emparée de ces services et en fait un usage intensif pour partager et diffuser largement les contenus les plus désolants.

Donc, nous sommes en présence d’une inversion. Il s’agit bien d’une inversion des contenus qui sont diffusés : auparavant des moyens de diffusion qui étaient rares et qui, du coup, étaient réservés aux gens qui avaient quelque chose à dire. Ça ne veut pas dire que c’était tout le temps excellent et que c’était tout le temps diversifié, comme on l’a vu plus haut, il y avait des filtres et il y avait des inégalités. Mais, dans l’ensemble, les contenus étaient de qualité et la médiocrité était relativement rare. Aujourd’hui c’est radicalement différent, c’est comme si il n’y avait plus aucun filtre, et qu’on donne la parole même à ceux, et j’ai envie de dire surtout à ceux, qui n’ont rien à dire, qui n’ont absolument rien à faire valoir et qui sont simplement des bouffons. Des bouffons au sens originel du terme c’est-à-dire des gens qui sont censés amuser les puissants. Mais justement, c’est là où la notion de puissants a changé, autrefois le puissant c’était le prince, le capitaine, le tyran, etc. Aujourd’hui le puissant, c’est la foule. C’est l’opinion publique, c’est la masse. C’est dans ce changement qu’on trouve et qu’on comprend ce phénomène d’inversion.

Cette conclusion est sombre, tout autant que le contenu de cet ouvrage. Pourtant, il ne tient qu’à nous, de changer les choses et d’abord à notre propre niveau. Voici donc mon plan pour que vous tous, vous redeveniez des êtres humains pleins et entiers : debout, dignes, fiers et autonomes.

Mon plan pour redevenir un être humain

Étape 1 : éteignez la télé. Oui, il le faut et définitivement. Non, il n’y a pas une seule chaîne qui mérite d’échapper au couperet. Éteignez la TV, débranchez le cordon et rangez-la à la cave sinon à la déchetterie.

Étape 2 : éteignez la radio. Mais oui, elle aussi. Non, il n’y a pas non plus, hélas, une seule station qui mérite d’échapper au couperet. Même France Culture est en chute libre et les exceptions genre « Là-bas si j’y suis » sont trop rares pour que le « poste » mérite d’échapper à la casse.

Étape 3 : si vous le faisiez encore, arrêtez de lire les journaux. Là encore, hélas trois fois hélas, rien ne mérite d’échapper au feu ou, au moins, à la poubelle. Quand on voit où sont tombés des quotidiens comme « Le Monde » ou des hebdos comme « L’Express », ça permet de comprendre où nous sommes rendus, tout en bas. Inutile donc de perdre du temps avec ces torchons.
Pareil pour les sites Web, même des nouveaux titres comme Rue89. Ils ont montré maintes fois leur collusion avec les organes de propagandes officiels et ne servent donc qu’à relayer la pensée unique et le politiquement correct, à fuir !

Étape 4 : refusez les contraintes obligatoires genre vaccinations, habituez-vous à appliquer la désobéissance civile quand c’est nécessaire (et ce réflexe risque de se multiplier à l’avenir).

Étape 5 : remettez en cause les évidences qu’on vous a inculquées pendant des années, habituez-vous à penser par vous-mêmes (sinon, d’autres le feront à votre place… Pour la plupart, c’est déjà en cours). Revisitez l’histoire (qui est une sorte d’actualité passée, une analyse correcte de l’histoire passée permet de mieux comprendre l’actualité présente) et vous percevrez mieux combien les mensonges d’hier ressemblent à la propagande d’aujourd’hui.

Une fois que ces cinq étapes seront franchies, respirez à fond et souriez : vous êtes redevenu un être humain, un vrai. Et personne, aussi habile et mal intentionné soit-il, personne ne pourra vous retirer cela.

Extrait de mon livre « Hacking »

Cet extrait de mon livre « Hacking » se situe au moment où l’équipe chargée de pénétrer les serveurs de la DGSE (et missionnée par la DGSE elle-même, une mission de type « attaque préventive ») se réunit pour la première fois…

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6- L’équipe est constituée

Après-midi du mardi 3 avril 2009. Local d’Office Magenta.

Clément, Bertrand et Thierry se retrouvent pour leur première réunion de travail…

Clément- Thierry, comme tu es le dernier arrivé aujourd’hui, tu pourrais peut-être nous dire comment tu comptes t’y prendre pour rassembler des informations sur l’informatique de la DGSE ?

Thierry- Mais certainement Boss… Pendant que vous étiez tous les deux en train d’essayer de connecter vos portables de frimeurs au réseau miteux de cette boutique, moi j’étais sur le terrain et je sais déjà comment pénétrer les locaux de l’adversaire… Et j’ajoute que j’y serais déjà parvenu si je n’avais pas été obligé d’assister à votre réunion pourrie où je ne vais rien apprendre vu votre niveau d’ignorance totale sur la cible !

Bertrand- Thierry, tu ne peux pas nous parler comme cela; sinon, ça marchera jamais et on a besoin de se coordonner tous les trois…

Thierry- Ah pardon, moi, je n’ai pas besoin de votre coordination moisie. Je travaille en solo comme j’ai toujours fait… Et de toute façon, qu’est-ce que vous pourriez m’apporter ?

Rien, zéro, nada : vous ne savez rien, vous n’avez pas d’idée, vous attendez que je vous mâche le boulot !

Voilà en quoi ça consiste votre gestion de projet et coordination à la mords-moi-le-nœud !

Clément- Bon, je vois que les échanges vont être super-constructif avec le petit génie que tu nous as amené là, Bertrand; on va bien s’amuser tous les trois !

Mais en dehors d’afficher ton mépris pour les abrutis qui vont t’aligner 1 000 euros avec le sourire, en quoi ta supériorité manifeste est-elle justifiée, Môssieur le génie ?

Thierry- Je vous aurais déjà expliqué ce que j’ai réussi à savoir si vous ne m’interrompiez pas toutes les deux secondes avec vos pleurnicheries de donzelles vexées. Donc, j’étais ce matin 141 bd Mortier, adresse officielle du siège de la DGSE, pour constater que l’entrée est bien gardée mais le contraire aurait été étonnant. J’ai pu soudoyer le planton qui était dans le sas, en lui racontant que je préparais un reportage pour une chaîne de la TNT. On a déjeuné ensemble au moment de sa pause et je sais qu’il faut un badge même pour passer l’entrée principale. Même le nettoyage des bureaux n’est pas confié à une société extérieure, tout est traité en interne, pas moyen de passer par ce biais.

En fait, le planton n’est là que pour compter les entrées et les sorties ainsi que de vérifier le bon fonctionnement du système de caméra de surveillance interne.

Bertrand- Et ce fameux badge, tu sais de quel type il est ?

Tu crois qu’on peut le reproduire ?

Thierry- Pas besoin de le reproduire car j’ai volé celui du planton !

Clément- Hein ?

C’est pas malin ça : le type va s’en apercevoir et donner l’alerte… Ton badge va être invalidé et ils vont être deux fois plus sur leur garde… Dans ces conditions, tu vas jamais pouvoir y entrer…

Thierry- Quand vous aurez enfin compris qu’il vaut mieux me laisser parler, j’aurais le temps de vous dire que j’ai au moins une semaine devant moi avant que le planton ne s’en aperçoive et éventuellement signale la disparition du badge en question… En effet, le garde en faction change tous les jours et le roulement se fait à partir de la garnison des cadets qui sont stationnés au Val de Grâce… Donc, j’ai au minimum une semaine pour faire le boulot, pas d’affolement. Mon type en question en avait fini avec sa garde, juste au moment où j’ai pu l’aborder; j’aurais quasiment pu le raccompagner au Val de Grâce.

Bertrand- Donc, tu peux y aller dès demain alors ?

Thierry- Oui, je ne vais pas tenter d’y aller le soir et me faire remarquer comme un nigaud que je ne suis pas. Je vais me glisser dans le flux normal des horaires habituels. Normalement, dès demain je passe la matinée là-bas. Je vous retrouverai demain après-midi pour une nouvelle réunion de coordination pourrie que vous aimez tant, bande de lamers.

Clément- Profite-en pour changer de ton avec nous car je ne vais pas supporter tes remarques désobligeantes très longtemps… En attendant le récit de tes prochains exploits, je vais te dire ce qu’on cherche en priorité…

Thierry- Oui, ça au moins cela me serait utile…

Clément- Il nous faut les adresses IP des serveurs, n’importe quels serveurs, il nous faut rien qu’un point d’entrée… À partir de là, on pourra commencer à se débrouiller.

Bertrand- Essaye aussi de savoir quelles sont les applications utilisées, les annuaires d’utilisateurs ou la config réseau… Tout ce qui peut nous servir à nous orienter; une fois connectés sur leur intranet, le moindre truc sera utile.

Thierry- Eh, vous ne voulez pas que je vous rapporte un de leur serveur pendant qu’on y est ?

Une fois dans la place, je vais voir ce que j’y trouve : je ne peux rien promettre à l’avance… Attendez au moins jusqu’à demain et là, je pourrai vous en dire plus.

Un extrait de mon livre « Racing »

Voici un extrait de mon livre « Racing ou le parcours tardif d’un passionné« . J’ai choisi ce passage parce qu’il me parait significatif d’une certaine ambiance au tout début des années 80 (cet épisode se déroule en mai 1979). J’arrive à Montlhéry pour la 3e manche du Challenge Honda 125…

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Je prends le temps de faire le tour du « camp » et je retrouve mes camarades. C’est que, lors des deux dernières courses, j’ai eu le temps de lier quelques connaissances. Nous formons un petit groupe homogène de débutants sans prétention et aux résultats limités.

La compétition, c’est l’aventure !

Je prends des nouvelles des absents, la plupart du temps éloignés des circuits suite à une mauvaise chute. Nous nous apitoyons brièvement sur le cas de tel ou tel, touché à la tête et qui tarde à revenir. En dehors de cette « revue des blessés », nous rions franchement à l’énumération de nos propres conditions physiques (une belle panoplie de fractures à peine ressoudées nous rend encore plus proches les uns des autres, il est étonnant de voir des garçons si jeunes déjà si marqués par les accidents). C’est moi qui décroche le pompon avec ma broche dans la cuisse, dont l’extrémité est bien visible à fleur de peau… Je suis aussitôt surnommée « brochette » par la petite bande rigolarde !

En vérité, cet épisode est significatif d’un aveuglement collectif : les concurrents disparaissaient les uns après les autres pour diverses raisons et personne ne s’en inquiétait. Pour cette jeunesse épargnée par les guerres et vivant dans un pays riche, il était naturel d’aller risquer sa santé (voire sa vie) sur des pistes de bitumes afin de décrocher un trophée en fer-blanc. Avec le recul, je m’aperçois combien la compétition mécanique a remplacé les affrontements militaires dans bien des aspects. Pour un jeune de notre temps, c’est une façon de vivre l’aventure, la vraie avec tous ces aspects et tous ces dangers.

Engagez-vous et vous verrez du pays, affrontez-vous et vous deviendrez des hommes, triompher des autres et vous deviendrez célèbre. Le champion construit son ascension sur la pile de « cadavres » qu’il laisse derrière lui. Tous ces cadavres ne sont pas seulement des morts, des blessés ou des mutilés, il s’agit aussi de destins brisés, d’ambitions contrées, de vocations déçues et d’espoirs ruinés (au sens propre aussi d’ailleurs…).

Pour chaque réussite, le démon de la compétition exige mille ou même dix mille échecs en contrepartie. Pour avoir le droit de participer au grand tirage au sort, pour avoir sa chance de sortir du lot, chacun est prêt à tout : vendre ses biens, travailler sans compter dans des emplois sans intérêt et même, affronter la douleur physique des conséquences d’une mauvaise chute. Mais, bien sûr, personne ne pense à cela au départ. Tous sont tendus vers leur unique but : la victoire, le sourire de la déesse de pierre.

Voilà un troupeau bien docile, volontaire même et à qui l’on peut tout demander (et le microcosme qui gravite autour –médias, organisateurs, préparateurs, etc.- ne manque pas d’exploiter ce filon par tous les bords).