Un cas unique : John Surtess

John Surtess nous a quitté… Un cas unique, vraiment : le seul qui a pu aligner un titre en F1 après de nombreux titres sur deux roues. Seul Valentino Rossi aurait pu faire pareil mais le conditionnel est de rigueur, même pour Vale…

Pour rendre hommage correctement à « Big John », quoi de mieux que de mettre un extrait de mon livre « la malédiction des champions du monde de F1 » ?

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John « big » Surtees, l’incompris

On vient de l’évoquer, revenons sur le cas de John Surtees, « Big John » comme l’appelaient les Italiens. Surtees est tout de même un cas vraiment unique : le seul jusqu’à ce jour à être passé avec succès de la moto à la F1 et à avoir (presque) tout gagné dans les deux domaines. Mais Big John avait aussi un caractère difficile et il ne put rester chez Ferrari après son sacre -mérité- de la saison 1964.

Une anecdote significative sur Surtees mérite d’être racontée : je l’ai rencontré en personne lors des « coupes de l’âge d’or » à Montlhéry en 1982. Je lui ai alors demandé pourquoi il manquait les 500 milles d’Indianapolis à son palmarès pourtant exemplaire (il y manque aussi une victoire aux 24 Heures du Mans alors qu’il y a mené plusieurs fois au volant d’une Ferrari…) ?

Il me répondit qu’il devait y participer lors de la saison 1966 sur une Lotus, mais il se blessa lors de la série Can-Am (qu’il remporta tout de même cette année-là) et cela l’obligea à déclarer forfait pour Indy… Et c’est Graham Hill qui hérita du baquet de la Lotus et qui l’emporta… On peut supposer que « Big John » n’aurait pas fait moins bien, mais comment savoir ?

La suite est décevante : comme Graham Hill, John Surtees aura une carrière déclinante. Il tente de créer son écurie, car c’est un vrai bourreau du travail, mais, au contraire de Brabham, n’y aura aucun succès (c’est tout de même lui qui participa à l’émergence de Lola). Surtees souffrit surtout d’être incompris.

Donc, on l’a deviné, Surtees n’échappe pas à la malédiction sous la forme de plusieurs saisons de trop (même s’il remporta une victoire mémorable à Monza en 1967…) et d’un long et humiliant déclin…

Une réflexion au sujet de « Un cas unique : John Surtess »

  1. Quelques anecdotes supplémentaire sur « Big John » :
    Tout d’abord, il est passé à la voiture parce qu’il se sentait à l’étroit dans le monde de la moto où le conte Agusta (le fondateur de MV) voulait le limiter de plus en plus (alors que John, au contraire, voulait courir dans des catégories supplémentaires…). Le team manager de Ferrari (Dragoni) aurait été bien inspiré de tenir compte de cette leçon : Surtess ne recevait d’ordre de personne !
    En 1966, il claqua la porte de la scuderia Ferrari parce que Dragoni avait décidé que Scarfiotti allait prendre le départ des 24 Heures du Mans à la place de John. Il faut préciser que Dragoni voulait plaire à Fiat qui venait d’investir des millions dans Ferrari afin de lui permettre de lutter contre Ford (on en plein milieu du fameux duel ford-ferrari) et que Ludivico Scarfiotti avait un lien de parenté avec Gianni Agnelli, le patron de Fiat de cette époque…
    Enfin, quand Surtess remporta le GP de Monza en 1967, les supporters italiens portèrent Big John en triomphe alors qu’il pilotait une Honda… Le souvenir de Surtess au volant d’une Ferrari avait laissé des traces !

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