Un extrait de « La malédiction des champions du monde de F1 »

Dernièrement, j’ai publié la seconde édition de mon livre sur les champions de F1, la 3ème édition pour être précis. Aujourd’hui, je vous propose un extrait de cet ouvrage : le chapitre concernant Nico Rosberg. Ce dernier est très important car ce n’est pas seulement le dernier champion du monde en date mais c’est aussi celui qui fut assez intelligent pour briser (enfin !) la malédiction !

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Nico Rosberg, l’élu

Quel meilleur moyen de conclure cette galerie de champions qu’avec Nico Rosberg ?

Le voilà enfin, le pilote capable de briser cette malédiction en se retirant en pleine gloire, sans drame, sans aucune tâche sur sa trajectoire, le champion parfait. Le seul qui soit assez intelligent pour être capable de le faire, sans hésiter, sans avoir à le regretter.

Et pourtant, rien ne permettait de penser que Nico Rosberg allait être notre élu. Certes, il était le fils du champion du monde 1982 et ça, incontestablement, ça aide à débuter dans ce milieu. Débuter favorablement, c’est déjà beaucoup, mais cela ne suffit jamais à assurer une carrière, loin s’en faut. Surtout en F1, vous n’y restez que si vous le méritez, point.

Donc, Rosberg gravit les échelons sans provoquer d’enthousiasme, un peu à la façon de Lauda. Une fois en F1, il commence par s’incruster au sein de l’écurie Williams. Il y reste quatre saisons avec des performances honnêtes, mais, encore une fois, rien d’extraordinaire (pas un seul podium, mais la voiture aux performances modestes ne le permet sans doute pas).

En 2010, il arrive chez Mercedes avec Micheal Schumacher comme équipier. L’équipe n’est pas encore au top, mais Nico se défend bien (trois podiums) puisqu’il termine la saison devant son illustre ainé et avec le double de points !

Rosberg sur l’horrible Mercedes de la saison 2012… Avec le temps, les F1 sont devenues de plus en plus grotesques !

C’est lors de la saison 2012 qu’il gagne enfin un Grand Prix en Chine. En 2013, il doit faire équipe avec Lewis Hamilton puisque Schumacher a enfin pris sa retraite définitive. Face à ce nouveau défi, il est de nouveau à la hauteur puisqu’il gagne deux manches du championnat (dont le très recherché Grand Prix de Monaco) et quelques podiums.

La saison 2014 commence bien avec une victoire en Australie et une autre à Monaco. Toute cette saison est ponctuée par le duel serré qu’il mène avec Lewis Hamilton, son équipier. Mais c’est ce dernier qui est titré en fin de saison : Rosberg aura eu largement sa part de problèmes techniques aux plus mauvais moments…

La saison 2015 est moins satisfaisante, car Lewis n’a même pas besoin d’attendre le dernier Grand Prix pour être de nouveau titré. Mais Nico termine la saison sur un rythme élevé : il gagne les deux dernières épreuves de la saison. Cela augure bien pour 2016… Et, effectivement, il démarre bien la saison 2016 en gagnant les quatre premiers Grands Prix !

Puis Hamilton se reprend et Rosberg est victime de divers problèmes. Cette alternance de crises et de bonne série sera l’histoire de cette saison. Hamilton est porté par une série de victoires à la fin de l’année, mais Rosberg gère son avance comme il faut et triomphe de la pression, de l’enjeu et des manoeuvres de son équipier avec une grande maitrise… Il annonce sa retraite dans la foulée à la surprise générale !

Par ce geste unique, Rosberg se met définitivement à part de l’élite des champions du monde : c’est le premier et le seul à avoir compris ce qu’il fallait faire et à être capable de le faire, sans faiblir, pile au bon moment.

Il tourne le dos à l’argent et à une gloire éphémère pour entrer dans la légende par la grande porte… Respect.

Un extrait de mon dernier livre « Dr Miracle, saison 1970″…

Voici un extrait du chapitre 4 de « Dr Miracle, saison 1970 » :

Finalement, je me souciais pour rien, car, cette fois, la chance a tourné et l’équipe Salzburg a triomphé lors des 1000 km. L’équipe Wyer a eu son lot d’ennuis sur ses deux 908-3 alors que Elford-Ahrens ont été épargnés. Piëch et les autres exultaient et sortaient de cette épreuve avec un moral au beau fixe. La dynamique positive de cette victoire semblait ouvrir les meilleures perspectives pour l’épreuve phare de l’année : les 24 Heures du Mans en juin 1970.

Or, cette année, les 24 Heures avaient un plateau incroyablement relevé : 51 voitures avec une majorité de prototypes 3 et 5 litres. Un affrontement au sommet entre Ferrari et Porsche qui alignaient pas moins de dix 512S (dont cinq longues queues toutes nouvelles et conçues spécifiquement pour Le Mans) et sept 917 (dont deux longues queues très améliorées). Il y avait aussi une Ferrari 312, deux Porsche 908 (dont celle de Steve McQueen) ainsi que trois prototypes Matra et quatre Alfa Romeo, etc. La quantité et la qualité des voitures alignées atteignaient des sommets jamais vus, même au plus fort de la lutte Ford-Ferrari (lors des années 65/66/67). Quel que soit le critère considéré, on pouvait dire sans exagérer qu’il s’agissait de l’épreuve du siècle !

Grâce à sa victoire dans l’Eifel, Piëch était enfin euphorique et mon aura était aussi particulièrement brillante auprès de lui, même s’il était conscient que je n’avais pas eu le temps de faire grand-chose. Il m’appelait « docteur Miracle » et ce surnom m’est resté après coup. Peut-être pensait-il que je lui avais porté chance, mais, au moins, il m’écoutait.

Profitant à fond de ma crédibilité acquise par un sort favorable, j’insistais pour qu’il ne mette pas tous ses œufs dans le même panier. OK pour miser à fond sur la performance avec la longue queue destinée à Elford-Ahrens, l’équipage de pointe. Piëch était d’autant plus optimiste que Wyer persistait à refuser d’aligner une longue queue et allait se contenter de courir avec trois coupés 917, dont deux équipés du moteur 4,9 L. Je lui tenais ce discours qu’il écoutait d’une oreille distraite :

— Votre longue queue va être super performante, surtout entre les mains de Vic Elford. Vous pouvez viser la pole position et il va sans doute mener les premières heures de course, comme en 69.

— Mieux qu’en 69 !

Nous avons beaucoup amélioré ce modèle en un an… Vic me dit qu’il est capable de prendre la cassure d’avant Mulsanne à fond désormais.

— Oui, c’est bien ce que je veux dire : vous avez un atout performance qui va vous permettre de contenir les Ferrari même si elles se montrent bien plus efficaces qu’à Monza ou à Spa. Maintenant, il faut aussi vous doter d’un atout fiabilité qui va vous mettre à l’abri des mauvaises surprises…

— Le 4,9 L est fiable désormais, Peter Falk me l’a garanti. Et j’ai même mis le nouveau, Norbert Singer, pour s’assurer que la boîte de vitesses soit bien refroidie. Vous voyez, j’ai tout prévu !

— Oui, sur le papier, ça semble parfait. Mais je vous suggère d’aller encore plus loin en misant sur un mulet qui fera la distance quoi qu’il arrive. Vous m’écoutez jusqu’au bout ?

— Allez-y, je sens que je ne vais pas pouvoir y échapper…

— Votre seconde voiture doit être un coupé 917, pas une longue queue. Elle sera plus facile à piloter s’il pleut. Elle sera dotée du moteur 4,5 L, pas du 4,9 L. Le « petit moteur » est incassable si on le manipule correctement. Et, justement, il faut lui mettre la boîte à quatre rapports, pas la boîte cinq.

Hans Herrmann à bord d’une 908/3 en 1970

— Et pourquoi ça ?

La boîte à cinq rapports est un progrès par rapport à la boîte quatre.

— Oui, certes, mais c’est aussi un risque : plus vous avez à changer de rapports et plus vous risquez d’en manquer un et de faire un surrégime… Voilà pourquoi il faut assurer aussi de ce côté-là et se contenter de quatre rapports.

— Je vois… Les pilotes vont se trainer avec une telle configuration !

— J’en ai déjà parlé à Attwood et il est partant pour n’avoir que le 4,5 L comme moteur. En revanche, il est plus réticent sur la boîte de vitesses…

— Ah, vous voyez !

Et Hans Herrmann, que dit-il ?

— Il n’est pas très causant lui. Mais je pense qu’il pilotera ce qu’on lui donnera sans trop poser de questions… En revanche, il a une revendication très ferme…

— À savoir ?

— Il veut pouvoir se retirer de la compétition en cas de victoire, tout simplement. S’il gagne, Le Mans sera sa dernière course.

— Rien que cela !

Il oublie un peu vite qu’il a un contrat avec moi jusqu’à la fin de l’année…

— Je crois qu’il est important de bien motiver vos pilotes et si Herrmann sait que sa « liberté » est au bout de cette victoire, il fera ce qu’il faut pour cela.

— Hum… Vous pouvez bien lui promettre n’importe quoi, ce n’est pas avec un mulet pareil qu’ils vont pouvoir gagner la course.

La négociation avec Piëch fut difficile, mais, à la fin, j’enlevai le morceau et il finit par me dire « je vous laisse la numéro 23, faites-en ce que vous voulez, mais la faute sera sur vous si elle termine dernière des prototypes ! »… J’ai ensuite été obligé d’user de beaucoup de persuasion pour convaincre Dick Attwood de se contenter de la boîte à quatre rapports… Et, pendant que la bagarre faisait rage pour la pole position entre la longue queue d’Elford et les meilleures Ferrari, ma numéro 23, elle, ne se classait que 15ème. Piëch me lança un regard ironique lorsqu’il consulta la feuille des temps et je dois avouer qu’à ce moment-là, je commençais moi aussi à douter du bien-fondé de ma stratégie « à coup sûr ».

La course débuta parfaitement pour Porsche : Elford était en tête devant Siffert et les Ferrari avait déjà perdu cinq 512S après seulement une heure !

Deux des voitures rouges avaient cassé leur moteur et trois autres avaient été impliquées dans un accident après Arnage. La pluie qui était annoncée commençait à tomber et Wyer perdit coup sur coup deux de ses 917 : Hailwood sortit de la route alors qu’il était encore en slicks, et Rodriguez grilla son moteur lorsque la turbine de refroidissement s’envola à Mulsanne. Après à peine trois heures de course, la situation était déjà bien éclaircie et beaucoup de favoris avaient disparu.

Alors que la pluie s’intensifiait, la nuit commençait à tomber lorsque la longue queue d’Elford rentrait à son stand pour un arrêt imprévu : le moteur avait un problème !

La voiture repartit, mais elle ne marchait plus aussi bien qu’au départ. L’équipage Siffert-Redman dominait de la tête et des épaules quand Jo Siffert loupa un changement de vitesse juste en passant devant les stands. Je crois que tout le monde dû entendre le hurlement du moteur à cause du surrégime qui en résulta… Siffert rentra aux stands le tour suivant avec un moteur qui crachait son huile, encore un de moins. Finalement, c’est ce vieux Renard de Jacky Ickx qui profita de la situation pour placer sa 512 survivante en tête. Le maître de la pluie semblait apprécier les conditions qui étaient en train de devenir dantesques. Du côté de ma chère numéro 23, les choses progressaient favorablement puisque Herrmann se retrouvait second derrière Ickx peu après minuit. Mais Hans, qui en avait vu d’autres, décrivait les conditions de piste en peu de mots : « je n’ose même pas passer la quatre dans la grande ligne droite, c’est dire ! ». Ickx, pour sa part, ne semblait pas vouloir ralentir sa cadence et il était en train de prendre une grosse avance… Jusqu’à ce qu’il se fasse piéger au freinage de la chicane Ford. La grosse Ferrari était détruite et un commissaire de piste avait même perdu la vie dans l’accident alors que Jacky était seulement bien secoué.

À partir de là, tout le monde comprit qu’il s’agissait d’une épreuve de survie. Les voitures se trainaient à cause de la pluie et, à certains endroits, on voyait même les 911 aller plus vite que les prototypes !

Finalement, au matin, la pluie se calma et l’autre 917 longue queue (celle de Martini avec Larrousse au volant) remontait progressivement jusqu’à la seconde place. Le triomphe de Porsche était complet puisque c’était une 908-2 L qui était solidement campée en troisième position devant les deux Ferrari 512S survivantes.

Herrmann et Attwood vainqueurs des 24 Heures du Mans 1970

Porsche gagnait enfin les 24 Heures du Mans après une course d’anthologie. Piëch était rayonnant et même Ferry était ému. Bott me fit un clin d’œil très significatif, car, en fait, c’est lui qui m’avait suggéré la configuration « super-safe » de la numéro 23. Après cette victoire, Piëch voulut me confier une autre mission : vendre son écurie Salzburg à Hans Dietier Dechent, qui avait réussi à se classer second avec la longue queue Martini que tout le monde appelait déjà « the hippy car » à cause de sa décoration psychédélique très réussie.

Mon livre « Freedom Machine » disponible en seconde édition !

Encore une mise à jour !

Cette fois, c’est mon livre sur la moto, « Freedom Machine, la moto rend jeune » qui a droit à son lifting… Une seconde édition importante puisqu’on passe de 240 à 360 pages !

Retrouvez les détails de cet ouvrage sur son site dédié à freedom-machine.fr

Annonce de la 3ème édition de mon livre sur « La malédiction des champions du monde de F1 »

Vous savez combien il est important pour moi de tenir à jour mes livres déjà publiés. Corrections, nouveaux contenus, etc. Je ne laisse pas « mourir » mes livres une fois terminés car, en fait, ils ne sont jamais « terminés »…

Bref, tout cela pour dire qu’il était temps de se pencher de nouveau sur cette malédiction qui frappait les champions du monde de F1. J’écris « frappais » car, grâce à Nico Rosberg, cette malédiction a enfin été brisée !

Tous les pilotes ont cette ambition, plus ou moins secrète, plus ou moins avouée, de finir leur carrière en étant au sommet, de raccrocher sur un haut fait, d’éviter le déclin en somme… Et pourtant, force est de constater qu’aucun n’avait atteint ce but jusqu’à ce que Nico Rosberg brise enfin cette malédiction !

Certains vont dire que décrocher un titre est vraiment difficile. D’autres vont affirmer que c’est de se maintenir au sommet (non pas un titre, « acquis par accident », mais plusieurs pour bien montrer qu’on domine son époque !) qui est bien plus dur encore. Tous ont raison, mais on a pléthore de multiples champions du monde pour démontrer que ce dernier but n’est pas si inaccessible… Non, le vrai challenge consistait à réussir sa sortie et là, le palmarès est resté vierge trop longtemps !

Tous veulent le faire, certains l’avouent, mais personne n’y est arrivé avant Rosberg. Et un des éléments d’explication est que les grands pilotes sont des compétiteurs que rien ne décourage. Ils ont déjà connu des hauts et des bas, dès le début de leur carrière et c’est justement parce qu’ils se sont accrochés avec un mental d’acier qu’ils ont finalement réussi.

Alors, il est normal qu’ils soient aveugles à l’approche du déclin. Pour eux, il ne s’agit que d’une mauvaise passe de plus qu’ils auront tôt fait de surmonter, comme les précédentes.

C’est cette confiance en eux -jadis leur meilleure alliée- qui les empêche, finalement, de « sentir » le bon moment pour se retirer. Pourtant, les plus malins, comme Stewart, ont été capables de décider de ce bon moment et de planifier leur retraite, mais c’est là où la malédiction se montre la plus vicieuse en s’alliant à la mort.

L’accident fatal annule les meilleurs plans, soit en tuant l’acteur principal (Rindt), soit en fauchant ses amis (Cevert pour Stewart, Colins pour Hawthorn et bien d’autres).

Une malédiction, vraiment ?

Absolument !

Quand on regarde l’histoire de la Formule Un, ou, plus exactement, l’histoire de ses champions, on s’aperçoit qu’il n’y en a pas un seul qui n’ait pas eu sa carrière marquée par le destin ou tout simplement gâchée par des circonstances contraires. Pas un seul n’a réussi le parcours parfait : capable de se retirer en pleine gloire, d’être complètement satisfait de la performance accomplie et de jouir de sa retraite paisiblement. Comme si l’effort surhumain pour conquérir le ou les titres aboutissait forcément à les mettre sur une trajectoire interdite et définitivement maudite !

Comme si le prix à débourser pour devenir N°1 se payait forcément avec des larmes et de l’amertume, voire quelquefois (souvent même) avec du sang… Quoi qu’il arrive, la malédiction a toujours un coup d’avance et plus d’un tour dans son sac…

Allez, vous devez penser que je déraille ou, du moins, que j’exagère; mais pas du tout : il suffit d’examiner objectivement la liste de tous les champions du monde pour le constater : pas un seul qui n’ait bien fini, pas un seul qui n’ait pas terminé avec un regret, un échec, un déclin ou un drame. Cette malédiction peut prendre de nombreuses formes, mais tous ont été frappés !

Que ce soit la saison de trop (le déclin), l’accident de trop (le prix du sang) ou des circonstances contraires (le titre dévalorisé par le contexte où il a été obtenu), tous nos champions ont vu leurs parcours entachés par cette malédiction… Vous n’êtes pas obligé de me croire tout de suite, mais vous allez voir que, systématiquement, on reconnaît sans mal les effets de cette malédiction dans la destinée de tous ces pilotes hors du commun.

Cet ouvrage est aussi l’occasion de revenir sur l’évolution de la F1 et sur les faits marquants de ses différentes époques.

Vous pouvez retrouver cette 3ème édition au format papier ou numérique sur Amazon dès maintenant…

Un nouveau livre : Dr Miracle, saison 1970

C’est mon moment préféré : l’instant où je peux enfin annoncer mon nouveau livre !
Comme d’habitude, c’est le résultat de plusieurs mois de travail et c’est une vraie satisfaction de pouvoir vous le proposer enfin. De quoi s’agit-il cette fois ?

Dr Miracle est un consultant d’un nouveau genre : il aide les équipes à trouver le chemin de la victoire, tout simplement !

Derrière la victoire de Porsche aux 24 Heures du Mans 1970, on trouve Dr Miracle. Pareil pour la victoire de Honda aux 200 miles de Daytona la même année. Et qui aida Enzo Ferrari à gagner de nouveau en F1 lors de la saison 1970 ?

Dr Miracle bien sûr !

Cet ouvrage est le premier d’une longue série : il porte sur les exploits de Dr Miracle pendant la saison 1970 des sports mécaniques. Cette fiction qui s’appuie sur des événements réels permet de revivre les plus grande épreuves de cet âge d’or du sport-auto et moto. Elle permet également de comprendre ce qui s’est passé en coulisses et d’expliquer des victoires qui auraient pu se dérouler tout autrement… Sans les interventions judicieuses de notre héros.

Un peu crispé sur cette vidéo, Lefebvre ? Respire, tout va bien se passer !

Ce livre est déjà disponible sur amazon, aussi bien en version papier que numérique

Une communauté bienveillante pour les auteurs, ça existe ?

Conseillé par mon fils ainé, je suis allé voir Scribay et bien m’en a pris !

En conformité avec ce qui est annoncé en page d’accueil, j’y ai trouvé une « communauté bienveillante » où les auteurs sont accueillis à bras ouverts (façon de parler, bien entendu !).

Sur Scribay, on est lu, relu, critiqué (gentiment, toujours), corrigé (si c’est ce que vous souhaitez) et ainsi de suite. Les inscrits sont aimables et compétents, on croit rêver !

Et j’y ai également découvert des auteurs de talent !
Un exemple : Jean Coutelard et son haletant « Année 66 », un roman de SF très bien tourné… Je vous encourage donc à découvrir Scribay et à y participer. Merci à Arnaud et Manuel, les créateurs du site.

scribay-about

« Perdu dans le temps » et « PMC » : mes extraits préférés !

J’aime bien mettre en ligne des extraits de mes livres car ça m’oblige à choisir. Et cela révèle quelque chose sur ce qu’on ressent pour tel ou tel ouvrage. Dans le cas des extraits que je vous propose aujourd’hui, sans le faire vraiment exprès, j’ai choisi des passages qui sont plutôt des descriptions que des dialogues alors que mon style penche nettement en faveur des seconds au détriment des premiers. Mais, justement, peut-être est-ce pour cela que j’aime particulièrement ces passages : ils prouvent (à moi-même d’abord) que je ne suis pas limité aux (bons) dialogues, je sais aussi écrire des descriptions, des atmosphères mais seulement quand c’est nécessaire, seulement quand ça apporte vraiment quelque chose !

Bon, commençons par « Perdu dans le temps« . Cet extrait provient du chapitre où Vincent va enfin pouvoir rencontrer Tamara de Lempicka :

Alors que nous tentions de nous frayer un passage jusqu’à Tamara, Adrienne nous désignait les invités de marque qui occupaient les allées : le docteur Voronoff (un grand admirateur de Tamara), le peintre Maurice Denis (le maître de Tamara), le baron Raoul Kuffner, la duchesse de Valmy (Tamara a peint son portrait), la duchesse de la Salle et sa fille Romana (Tamara a peint leurs portraits à toutes les deux), les marquis de Sommi et d’Afflitto (eux aussi, Tamara a peint leurs portraits et sans doute un peu plus…), la comédienne Suzy Solidor et, bien sûr, la famille Boucard (Monsieur, Madame et leur fille Arlette).

On se serait crû dans les pages du Bottin mondain. Toute cette foule était composée des mêmes figures stéréotypées : hommes en smokings, femmes en robes longues et dos nus très prononcés. Bijoux voyants, cigares et monocles. Rires discrets et sourires ravageurs. Je me sentais de plus en plus mal à l’aise…

Bon, c’est vrai, c’est un peu court comme extrait… Allez, en voilà un autre, quand Vincent se retrouve prisonnier des « spéciaux » pour la première fois :

Je restais prostré un bon moment dans un coin de ma cellule. Et puis, j’entendis quelque chose… Un chuchotement. Oui, c’était bien cela, un appel articulé tout doucement par un autre. Pas une voix déformée comme dans la pièce d’interrogatoire, non, un autre prisonnier comme moi, sûrement dans une cellule voisine et qui essayait d’entrer en contact avec moi !

Cet événement inattendu me fit sortir de ma torpeur : je n’étais pas tout à fait seul, il y en avait d’autres comme moi, d’autres êtres humains prisonniers de ce centre métallique. Je tendis l’oreille afin de capter ce que l’autre me disait… Au bout d’un moment, je finis par comprendre qu’il fallait s’allonger au ras du sol pour mieux entendre. C’est ainsi que, à mon tour, je me mis à chuchoter aussi :

VINCENT. — Oui, je t’entends, qui es-tu ?

L’AUTRE. — Je m’appelle Manuel, je suis ici depuis une semaine et toi ?

VINCENT. — Je viens d’arriver, je m’appelle Vincent, sais-tu où nous sommes ?

MANUEL. — Comment ça « où nous sommes » ?

Mais t’es chez les spéciaux mon p’tit gars, t’as pas encore compris ?

VINCENT. — Écoute-moi, j’ai besoin d’aide, même si cela te paraît absurde, je ne sais même pas ce que sont « les spéciaux ». Tu peux m’en dire plus ?

MANUEL. — Tu me fais marcher ! Pourquoi est-ce que tu es là ?

Moi, c’est pour du trafic de limos, avec l’Ukraine… Et ils veulent connaître toutes mes connexions…

VINCENT. — Manuel, s’il te plaît, crois-moi, explique-moi d’abord ce que sont ces « spéciaux » et je te jure que je… euh, que je t’en dirai plus sur ma situation !

MANUEL. — Mais tu sais que t’es un zarbi toi !

Allez, comme tu m’amuses, je vais jouer le jeu : les spéciaux, c’est comme cela qu’on appelle les membres des services spéciaux, tout simplement…

Contre-espionnage, surveillance du territoire, contrôle des trafics illicites et tous leurs bazars. En fait, ces gars-là sont au-dessus de la police avec un seul mot à la bouche : secret.

Bon, à ton tour, pourquoi t’es là ?

VINCENT. — En fait, je ne sais pas vraiment pourquoi je suis là…

MANUEL. — Ah, t’es une enflure : tu tiens pas ta parole, je parle plus avec toi !

VINCENT. — Non, non, attends, je vais te dire ce que je sais !

Je tenais à ne pas à rompre le lien avec ce Manuel. Dans cette prison moderne, il représentait le seul lien que j’avais avec le monde réel, il fallait absolument que je me serve de lui pour en savoir plus. Il fallait que je lui donne ce qu’il attendait, quitte à inventer une histoire bien tordue…

VINCENT. — Voilà, je me suis fait coincer par les flics dans un appartement, un appart où j’étais entré par effraction, évidemment…

MANUEL. — Allez, tu vas pas me faire croire que les spéciaux s’intéressent à toi pour une simple affaire de cambriole ?

Tu as forcément quelque chose de spécial, dis-moi quoi…

VINCENT. — Oui, j’ai utilisé un appareil spécial pour forcer la porte de l’appart, un décodeur qui peut forcer toutes les serrures et je pense que c’est ça qui les excite…

MANUEL. — Et ce décodeur, tu te l’es procuré où, hein ?

VINCENT. — Tu es bien curieux, je te demande moi quel est le nom de ton revendeur ?

MANUEL. — Bof, tu pourrais : j’ai plus rien à perdre, plus rien à cacher !

Ça fait une semaine qu’ils m’interrogent et que je répète la même chose alors, une fois de plus ne me gênera pas !

VINCENT. — Si tu es là depuis une semaine, tu sais comment cela se passe alors… On peut faire appel à un avocat ou quelque chose dans ce goût-là ?

MANUEL. — J’crois bien que t’as pas compris où tu es là !

T’es dans le centre des spéciaux mon p’tit père, ça veut dire « au secret » : pas de contact avec l’extérieur, rien. Tu peux oublier ton avocat : tu pourras pas l’appeler et il pourra pas te trouver, même la localisation exacte du centre est secrète !

VINCENT. — Mais alors, ça veut dire qu’on ne sortira plus d’ici ?

MANUEL. — Non, j’crois pas, en une semaine, j’ai rien vu qui ressemble à un centre de détention longue durée… Ici, ils doivent faire que les interrogatoires.

VINCENT. — Et après, on va où, tu as une idée ?

MANUEL. — J’suis pas trop pressé de l’savoir si tu vois c’que j’veux dire !

Attends…

Brusquement, Manuel fit silence et cette interruption me terrifia… Je restai figé quelques minutes avant d’appeler de nouveau Manuel en chuchotant, mais le contact était rompu et il ne me répondit plus, sans doute n’était-il déjà plus dans sa cellule. Je restai de longues heures dans le coin de ma cellule sans rien faire, incapable d’aligner deux pensées cohérentes. Je finis par m’endormir sur le matelas, dans un état lamentable, en sanglotant pitoyablement sur mon sort.

Passons à PMC maintenant, voici un extrait du tome 1 quand Felice Pajera croit pouvoir faire un « tour de manège » en se faisant injecter dans un simuli de l’institut PMC… Mais une mauvaise surprise l’attend :

RONALD HOBBS. — Alors Monsieur Pajera, toujours prêt à faire le « grand saut » ?

FELICE PAJERA. — Plus que jamais !

RONALD HOBBS. — Bien, très bien. Je vais vous confier aux mains expertes de Bernard Bousson qui va superviser votre transfert. Je resterai ici tout le temps, ainsi, nous sommes deux à veiller sur vous…

FELICE PAJERA. — Trop aimable, je me place désormais entre vos mains…

Tu ne crois pas si bien dire, connard, pensa Ronald esquissant un sourire. Une fois le transfert terminé, Felice gisait inconscient sur le plan du scanner. Bernard Bousson se tourna vers son chef pour lui demander ce qu’il devait faire ensuite…

RONALD HOBBS. — Balance-le directement dans le simuli de navigation aérienne.

BERNARD BOUSSON. — Celui de Qantas ?

RONALD HOBBS. — Non, on va lui offrir le grand frisson d’entrée de jeu… Injecte-le sur celui d’Aeroflot plutôt !

BERNARD BOUSSON. — Ah ouais, carrément ?!

Felice se réveilla péniblement. Il était encore en pleine torpeur, incapable de se rappeler où il était et ce qu’il faisait avant de s’endormir… Mais, à en juger par le bruit autour de lui, il était évident qu’il n’avait pas dormi dans son lit.

Il réalisa qu’il était assis dans un siège avec une ceinture au niveau de l’estomac et un dossier juste devant lui… Un siège d’avion, il était donc dans un avion !

Oui, ce ne pouvait être qu’un avion de ligne, mais il ne comprenait rien aux voix qu’il entendait… En écoutant plus attentivement, il comprit que ses voisins immédiats parlaient russe.

Tout le monde était très agité ; les hôtesses passaient d’un rang à l’autre, criant ce qui semblait être des ordres, mais quels ordres ?

Tout était dit en russe et même si Felice reconnaissait la langue, il n’y comprenait rien. Au bout d’un moment, il réalisa qu’elles vérifiaient les ceintures de sécurité des passagers. Les hôtesses paraissaient très tendues. Il en vit même une qui se passait la main dans les cheveux avec un air hagard… Cette vision provoqua une angoisse sourde chez Felice.

Les lumières du couloir s’éteignirent en provoquant quelques cris. Soudain, une explosion déchira l’air derrière lui… Cela se passait tout au fond de l’avion, mais c’était comme si le bruit avait rempli tout l’espace. Alors que la déflagration paraissait déjà énorme, le bruit du vent qui suivit semblait encore plus important. Les hurlements remplacèrent les cris et tout le couloir de l’avion semblait avoir basculé dans la panique la plus primaire.

Felice se retrancha dans son siège et prit sa tête entre ses mains, non dans un geste de protection, mais pour essayer d’atténuer le bruit ambiant. Alors que le niveau sonore semblait déjà à son maximum, la tempête enfla encore lorsque l’avion fit un piqué très accentué. Toute la carlingue vibra et le sifflement aérodynamique monta dans le suraigu. Dans cette ambiance dantesque, Felice put tout de même percevoir que le pilote venait de sortir le train d’atterrissage et que les portes du train venaient d’être arrachées par la vitesse… Les masques à oxygène tombèrent du plafond, mais Felice n’arriva pas à attraper le sien tant il était plaqué sur son siège par l’accélération continue de l’appareil.

À chaque instant, il semblait que le paroxysme était atteint, mais non, puisque cela montait encore d’un cran l’instant d’après. Felice ne pouvait plus se contenir, il était totalement terrifié et il devait extérioriser sa peur, il fallait qu’il puisse exprimer à son tour ce qui grandissait au fond de lui : il ouvrit la bouche et se mit à crier comme jamais de sa vie. Il hurlait sans même reprendre son souffle, il criait comme si cela allait lui permettre de se sentir mieux. En fait, il réalisait qu’il était en train de perdre tout contrôle de lui-même et qu’il n’aurait pu s’arrêter de vociférer même s’il l’avait voulu !

Il ne savait même pas si un cri sortait de sa gorge tellement l’air était saturé de bruits qui remplissaient tout. Les vibrations commencent à me brouiller la vue, pensa-t-il, mais non, il était simplement en train de s’évanouir…

RONALD HOBBS. — Alors, ça vous a plu ?

FELICE PAJERA. — Espèce de salopards ! Qu’est-ce que vous m’avez fait ?

Jamais je n’ai eu aussi peur ; je ne sais même pas si je vais pouvoir effacer cela un jour !

RONALD HOBBS. — Croyez-moi, ça va rester, bien profond et bien présent. Vous savez désormais ce que c’est que de ressentir vraiment la peur… Voulez-vous y retourner ?

FELICE PAJERA. — NON !

Vous allez me libérer immédiatement et vous pouvez dire adieu à votre autorisation, je vais arranger votre dossier, vous pouvez me croire !

RONALD HOBBS. — Bernard, que peut-on proposer à notre hôte pour l’amuser encore un peu ?

On ne va pas le renvoyer dans un Tupolev 154, la seconde fois on commence à s’habituer au stress… Mais des situations bien flippantes, on en a un paquet, non ?

BERNARD BOUSSON. — Il suffit de demander ! Que penserais-tu de la rupture du grand barrage de Roselend ?

RONALD HOBBS. — Ah oui, c’est bien ça, notre ami va adorer…

FELICE PAJERA. — Attendez, attendez quoi, merde !

D’accord, j’ai compris. Je ferai ce que vous voudrez, mais ne me renvoyez pas là-dedans…

RONALD HOBBS. — On devient raisonnable tout d’un coup… C’est bien. Alors voilà, Monsieur le fonctionnaire, je vais vous expliquer les règles du jeu : on tient un pion, vous. Et on peut lui faire ce qu’on veut, vous en avez eu un petit aperçu. Donc, vous allez nous fignoler un dossier impeccable, vous assurez qu’aucun de vos collègues ne vienne nous voir et que notre autorisation soit valide en permanence… Sinon, votre double va subir les pires tourments, vu ?

FELICE PAJERA. — Compris.

Mais comment puis-je être sûr que vous allez bien traiter mon… « double » ?

RONALD HOBBS. — Mais vous pouvez revenir nous voir quand vous voulez et Bernard pourra vous donner un aperçu des conditions de vie de votre double… Vous allez être une addition utile à nos systèmes, mais nous allons vous placer dans une situation confortable, n’ayez crainte !

Bernard, tu as une idée du meilleur endroit pour notre invité ?

BERNARD BOUSSON. — Je pense qu’une place de conseiller auprès d’un chef d’État pourrait lui plaire, non ?

RONALD HOBBS. — Ah oui, c’est bien, ça !

Qu’en pensez-vous cher ami ?

FELICE PAJERA. — Promettez-moi qu’il ne subira pas de situation stressante et ça me suffira.

RONALD HOBBS. — Tant que nos rapports avec votre administration seront satisfaisants, votre double mènera une vie de rêve dans les alcôves du pouvoir… Mais à la moindre incertitude venant de votre côté, il tombera aussitôt dans un abîme de chaos et de souffrances !

FELICE PAJERA. — Je… je vais voir ce que je peux faire… Je vais faire de mon mieux.

RONALD HOBBS. — Veillez bien à ce que votre « mieux » soit à la hauteur. Car n’imaginez même pas que faire fermer l’institut soit une solution : nous allons injecter une copie dormante de votre double dans tous les systèmes qui sont connectés aux nôtres. Il suffit que nous arrêtions de lui envoyer régulièrement un certain code pour que les copies se réveillent et prennent conscience… N’importe où, cela va de soi. Et là, les mauvaises surprises peuvent être nombreuses.

FELICE PAJERA. — Ça va, j’ai compris. Vous ne serez pas déçus.

RONALD HOBBS. — Bien, très bien. Alors, je pense que la visite est terminée, Monsieur le fonctionnaire ?

L’extrait du tome 2 que je vous propose, se déroule pendant la chasse à l’homme organisée par Don Vesco avec les spéciaux dans le but d’attraper Vincent et ses compagnons. Mais l’embuscade tourne mal…

AJAX. — Don Vesco, je crois que ça bouge sur le réseau !

DON VESCO. — Aha, je savais bien qu’il suffisait de surveiller cette console. Bien, on ne perd pas de temps, on y va direct. Héraclès, rassemblez vos hommes et réglez tous vos modules sur le chiffre que vous voyez ici.

Don Vesco et le groupe d’Héraclès se préparèrent en quelques minutes et sautèrent tous ensemble vers la destination pointée par la console. Ils se matérialisèrent aux abords du camp CP8 et ne furent pas longs à repérer le groupe composé du Colonel, Simon, Vincent et des autres…

DON VESCO. — Souvenez-vous que je les veux vivants. On les encercle, on leur saute dessus et on les capture, pas d’impairs hein !

HÉRACLÈS. — Bien compris Don Vesco, on va leur tomber dessus avant qu’ils aient le temps de comprendre leur douleur…

Ajax, Achille et les autres tacticiens se mirent à ramper vers le feu de camp autour duquel Vincent et les autres discutaient bruyamment sans se soucier du reste. Soudain, le Colonel se figea, tendit l’oreille et fit signe de faire silence. Abel, Simon et Topper se regardèrent, se demandant ce qu’entendait le Colonel. Ce dernier sortit un pistolet et, tout à coup, l’atmosphère changea du tout au tout.

Un premier coup de feu claqua. C’est le Colonel qui venait de tirer et, aussitôt, Hector, Persée et Ulysse répliquèrent. La nuit était zébrée de courtes flammes jaillissant des armes, le bruit était terrible, la fumée et l’odeur de la poudre commençaient à se faire bien présentes. Vincent s’était jeté au sol en prenant Vincent senior par la manche. Le Colonel tirait toujours alors que Simon tombait lentement au sol en se tenant le ventre à deux mains. Abel se dirigea aussitôt vers lui, mais, atteint à son tour, il s’effondra sur Garfunkel déjà à terre.

Allongé dans la poussière, Vincent montra son module à Vincent senior et à Topper, leur faisant comprendre qu’il était temps de sauter ailleurs…

Le reste du petit groupe s’éclipsa ainsi alors que Don Vesco hurlait « Cessez le feu ! » pour reprendre le contrôle de la situation. Ne restaient sur place que les corps de Simon et d’Abel. Ce dernier était déjà mort et Simon ne valait guère mieux. Il râlait doucement en se tenant le ventre tout ensanglanté. Don Vesco était écœuré par ce désastre et sa rage se retourna contre le groupe d’Héraclès :

DON VESCO. — Mais vous êtes vraiment trop cons !

« Tirer dans le tas », c’était ça votre plan pour les cueillir en douceur ?

HÉRACLÈS. — Mais ce sont eux qui ont tiré en premier, voyons !

On n’allait pas rester là sans rien faire pendant que le grand moustachu nous canardait, non ?

DON VESCO. — Mais vous n’avez pas vu qu’il tirait sans même viser ? Et d’ailleurs, nous n’avons aucun blessé de notre côté, c’est bien la preuve ! Il fallait se jeter sur eux, pas tirer sur eux, bande d’incapables ! Allez, disparaissez, retournez au camp… Je ne veux plus vous voir.

Pour le tome 3, j’ai choisi le passage où Don Vesco explique l’origine des simulis Vincent et Vincent senior. C’est plus un monologue qu’un dialogue d’ailleurs…

DON VESCO. — EPFL pour école polytechnique fédérale de Lausanne. Donc, j’étais avec Didier Carron en 2012 quand il était mon maitre de thèse. J’ai travaillé pour lui et avec lui par la suite, quand nous avons consacré tout notre temps à parfaire les simulations existantes. Elles étaient déjà très utilisées dans de multiples contextes et le milieu universitaire évoquait déjà l’idée de les relier entre elles. Avec Didier, nous formions le binôme idéal : il avait des intuitions géniales et moi j’avais la volonté et l’énergie pour les concrétiser. C’était le maitre et l’élève dans ce que cela avait de mieux. Nous avons vite compris que si nous voulions sortir du lot et être publiés, il fallait se consacrer à un domaine en particulier. Nous avons choisi l’immersion totale et nous n’avons plus jamais dévié de notre but : être capables de s’injecter dans une simulation et y interagir comme si c’était une réplique du monde réel.

Vincent et senior se regardaient, les deux avaient sursauté quand Don Vesco avait évoqué l’année 2012… Mais ce dernier ne changea pas de ton même s’il remarqua la surprise de ses auditeurs.

DON VESCO. — Nos premières tentatives n’ont pas été formidables : nous étions tombés dans le panneau de vouloir rester conscients tout en s’imposant une immersion traumatique dans un environnement simulé. En clair, ça donnait l’impression d’être enterrés vivants !

On a vite compris que c’était une impasse et on a décidé de faire le grand saut : le transfert synaptique. On a bien fait parce que, finalement, ça s’est avéré bien plus facile que l’on ne pensait au départ… Mais nous étions les premiers à aller dans ce sens et les seuls à réussir. Une partie de cette réussite venait du fait que j’étais toujours partant pour jouer les cobayes alors que les autres équipes, plus prudentes ou plus timorées, faisaient appel à des volontaires qui variaient continuellement. En nous basant sur mes seuls relevés, nous avons pu avancer beaucoup plus vite que les autres… La vérité, c’est que j’adorais cela !

Chaque expérience d’immersion était comme une bascule dans un monde conçu sur-mesure par nous et pour nous. J’en profitais pour y réaliser tout ce qui restait hors de portée dans le monde réel. Il est difficile de dire si j’ai vraiment été le tout premier à explorer ce monde, en revanche, je suis certain d’être le premier à y avoir accumulé autant d’heures. J’étais comme les cosmonautes des années 60 sauf que notre travail n’était pas télévisé, lui.

Notre recherche commençait à avoir un certain retentissement, mais les critiques ont commencé à pleuvoir aussi. Les neurologues, en particulier, nous reprochaient de jouer avec le feu. Ils insistaient sur le fait que le cerveau n’était pas adapté au fait d’être « mis en stase » comme nous le faisions pendant l’immersion. Didier Carron était sensible à ces critiques alors que je voulais aller de l’avant. Par prudence, il a décidé de limiter radicalement nos temps d’immersion. Cela ne me convenait pas, j’étais sûr qu’on pouvait les augmenter sans problème.

En 2018, j’ai décidé de quitter Carron, l’EPFL, et de voler enfin de mes propres ailes. J’avais fait quelques rencontres intéressantes à Genève et j’avais la confiance d’un fonds d’investissements.

C’est comme cela que j’ai pu créer l’institut PMC. On l’a appelé ainsi avec mes actionnaires, car ça faisait plus sérieux que « simulations en tous genres ». PMC veut dire Prévision, Maitrise, Contrôle, c’est discret, un peu abstrait, mais ça a tout de suite plu aux grands clients qui adorent procéder à des études de comportements. On a installé PMC à Bruxelles pour des questions de réglementation : les Suisses étaient potentiellement plus restrictifs que les Belges de l’Union, ça nous convenait tout à fait. Hum, je vois que je vous ennuie avec ma boîte… Ok, j’avance.

Au moment où j’ai créé PMC, la recherche en matière de simulis avait déjà beaucoup avancé et on commençait le fonctionnement en réseau qu’on connait aujourd’hui. Officiellement, je n’effectuais plus de recherche à proprement parler, mais uniquement des mises en application. J’avais tout de même un contrat de collaboration avec l’EPFL, afin d’avoir accès au réseau universitaire des simulis qui était le premier à être opérationnel. Je consacrais une partie de mes ressources à faire tourner des simulations historiques pour l’EPFL, mais ça plaisait beaucoup à mes clients qui y voyaient une preuve que mes réalisations étaient au top niveau.

Très vite, j’ai eu envie d’une présence permanente au sein de notre simuli de base et pas seulement des petites périodes d’immersion de quelques heures par jour. La solution, c’était de me dupliquer et j’ai sauté le pas. C’est comme cela que je suis devenu Don Vesco.

VINCENT sENIOR. — C’est quoi votre vrai nom en fait ?

DON VESCO. — Dans le monde réel, je suis Ronald Hobbs. Enfin, « il » est Ronald Hobbs, car nous sommes deux désormais. Un peu comme vous deux… Mais nous, nous avions pile le même âge quand j’ai décidé d’appliquer la duplication afin de pouvoir rester dans le simuli en permanence. Bien entendu, depuis, je vieillis deux fois plus vite que Ronald et, aussi, je me suis laissé pousser la barbe afin de ne pas avoir d’effet miroir quand il venait me voir dans le simuli. Bref, tout allait bien jusqu’à « l’accident ».

VINCENT sENIOR. — Quel accident ?

DON VESCO. — Nous avions l’armée comme client. Un jour, le général Féraud me fait une demande qu’on ne refuse pas : procéder au scan de deux cents hommes d’un coup !

C’était une grosse affaire, un contrat juteux. On s’est évidemment jetés dessus même si on n’avait pas vraiment les capacités pour l’accomplir dans de bonnes conditions : on n’avait que deux matrices pour les scans et on traitait tout ce petit monde à la chaine. On n’aurait jamais dû faire cela et ce qui devait arriver arriva : une des matrices s’est déréglée et, avant qu’on s’en rende compte, nous avions opéré des transferts destructifs pour une grosse vingtaine de militaires… Une grosse catastrophe !

Encore heureux qu’il s’agissait de l’armée… le général Féraud a pris les choses en main, il a étouffé l’affaire, il a fait croire aux familles qu’il s’agissait d’un exercice sur le terrain qui avait mal tourné. En un sens, c’était vrai.

VINCENT sENIOR. — Et qu’avez-vous fait de ces gens de votre côté ?

DON VESCO. — Ah mais pour nous, c’était différent. Pour nous, ils étaient toujours bien vivants, mais coincés dans le simuli. On ne pouvait plus les faire remonter dans le monde réel, car leurs corps physiques étaient détruits. Leurs cerveaux ne pouvaient plus recevoir les consciences après le séjour dans le simuli. Le scan avait tout grillé. Et encore, on s’en aperçut au bout de vingt, ça aurait pu être pire !

VINCENT sENIOR. — Vous me paraissez bien léger face à cet accident. Votre truc, c’est l’équivalent d’un naufrage pour ce nouveau domaine !

DON VESCO. — Raison de plus de ne pas vouloir l’ébruiter… Nous avions besoin d’un flux constant de volontaires afin d’alimenter nos simulis avec des nouvelles consciences. Car, j’étais le seul à le faire, mais je n’hésitais plus à pratiquer les duplications systématiques : tous ceux qui passaient par un transfert synaptique, ça engendrait des consciences permanentes pour nos simulis. Très vite, on s’est retrouvés avec une population de « permanents » significative. Dans un sens, c’était bien : ça nous permettait des simulations bien plus précises qu’avec des IA qui étaient encore bien trop imparfaites et rigides. Mais dans l’autre, nous avions un sérieux problème à gérer : comment tenir cette population sous contrôle ?

C’est pour cela qu’on a mis en place notre système de camps que vous connaissez.

VINCENT. — Et nous, nous venons d’où ?

Nous sommes issus de votre lot de militaires malheureux ou des volontaires que vous avez trompés ?

DON VESCO. — Comme vous pouvez vous en douter, le Colonel est un militaire. Les autres viennent surtout des volontaires. Je pense que c’est ce dernier cas pour vous deux.