Nouvelle : « le rêveur »

Nouvelle de SF (complète), rédigée le le 26 décembre 2003

 

Bureau du directeur, institut psychiatrique de Jouarry, octobre 1996.

Le directeur – entre, y avait longtemps !
Alors, qu’est-ce qui te ramène chez moi ?

Le commissaire – un client figure-toi. Et, celui-là, il sort de l’ordinaire. C’est pour cela que je te l’ai amené…

Le directeur – qu’a-t-il de spécial ?
Tu m’intéresses là !

Le commissaire – il s’est fait ramasser par la municipale. Il porte juste une sorte de combinaison en papier ou en fibres de cellulose, quelque chose comme cela. Il y a pas mal de choses qui ne vont pas chez lui : pas de papier, en dehors de sa combinaison tu vas me dire, ah, ah !

Sérieusement, il ressemble à un détenu dans son accoutrement et, enfin, il ne veut pas répondre à nos questions.

Le directeur – fiché ?

Le commissaire – non rien. Tu penses bien, c’est la première chose que j’ai été vérifié : pas de casier et rien chez lui qui ressemble aux « disparus ». C’est pas non plus un détenu en cavale et l’armée n’a pas de déserteur qui corresponde à son signalement.

J’ai également fait le tour de tes collègues au téléphone : il ne manque personne chez les dingues en ce moment. Peut-être est-il échappé d’un établissement de province mais là, ça mettra plus longtemps à remonter.

Bref, en attendant qu’on sache qui c’est, j’ai pensé qu’il pourrait t’intéresser…

Le directeur – et surtout, tu ne sais pas où le mettre… n’est-ce pas ?

Le commissaire – y a un peu de cela. Mais pas seulement : il n’a pas l’air fou. Je veux dire, j’en vois suffisamment pour les repérer, tu me comprends… celui-là est différent. Il n’est pas secoué dans sa tête, il ne nous répond pas, comme si, comme si… nous n’étions pas là devant lui, tout simplement !

Le directeur – hum… bon, tu as réussi à m’allécher, quand pourrai-je le voir ?

Le commissaire – je te l’ai amené, il est en bas avec un gendarme.

Le directeur – en bas ?
C’est pas bien prudent ça !

Le commissaire – ohla, t’affole pas, c’est pas un violent et c’est bien là le problème : on dirait qu’il n’est pas vraiment présent.

Le directeur descendit l’escalier avec le commissaire Pontel pour aller voir ce « client ». L’homme en question était assis sur une chaise en bois ordinaire. Dans ce vestibule vaste et triste, sa combinaison orange tranchait fortement, même l’uniforme bleu du gendarme en faction qui l’accompagnait paraissait effacé à côté.

Une fois les formalités d’admission expédiées, le directeur emmena son nouveau patient dans une salle au calme pour essayer d’établir un contact…

L’homme le suivit docilement, il n’avait l’air ni soucieux, ni mécontent, il n’affichait aucun sentiment visible. Le directeur savait comment procéder en pareil cas : parler, poser des questions, s’intéresser à la vie de ce nouveau malade, essayer de rassembler des informations sur ce qu’il est, sur ce qu’il a vécu de façon à pouvoir formuler un diagnostic.

Le directeur arriva à établir le lien avec son nouveau patient et celui-ci commença tout naturellement à lui débiter une histoire à dormir debout : il prétendait être pilote de navette et vivre en 2198 !

Le directeur avait l’habitude de ce genre de délire et il savait qu’il suffisait d’entrer dans le jeu du malade pour apprendre les vraies raisons de son traumatisme…

Pour le « pilote », rien n’était étonnant dans sa situation actuelle comme il l’expliquait lui-même :

Le pilote – actuellement, je suis en prison car j’attends mon procès.

Le directeur – un procès ?
pourquoi un procès ?

Le pilote – je suis tenu pour responsable du crash de ma navette sur Europe.

Le directeur – sur l’Europe ?

Le pilote – non, sur Europe, une des Lunes de Jupiter. Vous ignorez que Jupiter est doté de satellites ?

Peu importe. D’une manière ou d’une autre, il n’est pas étonnant que je me retrouve interné dans votre centre, cela ressemble de façon déformée à ma situation actuelle… En revanche, je ne comprends pas pourquoi je me retrouve à votre époque, aussi loin de mon temps. Je ne vois pas quelle peut-être la signification, symbolique ou non ?

Le directeur – je ne sais pas bien vous répondre pour le moment mais je vais tenter de vous aider. Mais pourquoi refusiez-vous de répondre aux questions des autres personnes ?

Le pilote – quelles autres personnes ?

Le directeur – ceux qui vous ont amené ici.

Le pilote – ah, eux… Vous savez, ils ne s’intéressaient pas vraiment à moi et c’est normal : ce sont juste des personnages de mon rêve. D’ailleurs, tout ici n’est que décor de mon propre rêve, y compris vous !

Le directeur – oui mais avec moi, vous acceptez de parler, pourquoi ?
Si je ne suis qu’un élément de décor, pourquoi m’adressez la parole ?

Le pilote – vous, vous êtes différent, vous semblez avoir un rôle dans mon rêve et cela peut m’être utile de vous répondre. Cela va peut-être me permettre de comprendre la signification de ce rêve et m’aider pour mon procès.

Au fil des entretiens, le directeur parvint à établir une certaine confiance, laissant parler son patient, sans chercher à lui démontrer que ce qu’il décrivait était forcément impossible.

Le directeur – pourquoi vous fait-on un procès pour un accident, c’est la procédure normale ?

Le pilote – non, cette fois c’est parce qu’il y a eu mort d’homme…

Le directeur – et ce n’est pas fréquent ?
Après tout, l’exploration spatiale est sans doute restée dangereuse.

Le pilote – mais il ne s’agit pas d’exploration spatiale -j’aimerais bien !-. Je suis affecté sur un circuit qui est régulier : c’est toutes les semaines que je dois emmener les techniciens de maintenance sur les sites des systèmes qui gravitent autour de Jupiter.

Le directeur – et cette fois, que s’est-il passé ?

Le pilote – j’ai constaté une baisse de pression dans la cabine, sans doute à cause d’une météorite. J’ai donc décidé d’aborter notre trajet et de rentrer nous poser sur Europe qui est notre base permanente. Mais j’ai dû quitter mon poste de pilotage car les techniciens m’ont demandé de l’aide dans la cabine : un des leurs n’avait pas mis sa combinaison et il fallait l’habiller d’urgence.
Quand je suis revenu à mon poste, notre angle de descente était trop ouvert. J’ai été obligé de me poser en catastrophe, la cabine s’est éventrée et celui qui avait été habillé en dernière minute n’y a pas résisté.

Le directeur – sa combinaison n’était pas ajustée ?

Le pilote – si, j’y avais veillé mais il a vomi après le crash et c’est étouffé dans son casque.

Le directeur – il semblerait bien que tout cela soit un ensemble de circonstances malheureuses, vous n’y êtes pas pour grand chose…

Le pilote – oui mais ma responsabilité est quand même engagée : j’aurais dû vérifier qu’ils avaient tous bien passé leur combinaison avant même de partir. C’est la procédure étendue et je me suis contenté de la procédure standard…

Le directeur – qui est ?

Le pilote – un simple rappel des consignes de sécurité…

Même après cet échange, le pilote détaillait systématiquement les circonstances de l’accident qui l’avait conduit à être emprisonné et qui étaient l’enjeu de son procès. Il revenait sans cesse sur cet accident, comme si la solution à son problème se trouvait là, évidente, comme le nez au milieu de la figure. La date de son procès approchait et il prenait ce rêve comme une occasion de mieux préparer sa défense.

Pour le directeur, il était temps de commencer le travail de « retour à la réalité »…

Le directeur – mais si tout cela n’était qu’un rêve, vous ne trouvez pas que cela est surprenant de précision et de réalisme ?

Moi, dans mes rêves tout est toujours flou et difficile à comprendre !

Le pilote – la connaissance sur les rêves a beaucoup progressé depuis votre époque et pas seulement la connaissance : nous sommes de plus en plus nombreux à pratiquer la maîtrise des rêves…

le directeur – vous voulez dire que vous générez ce rêve volontairement ?

Le pilote – non, pas celui-là, c’est d’ailleurs cela qui est le plus surprenant finalement : voilà un rêve récurrent involontaire, c’est pas fréquent !
Et c’est bien pour cela que j’essaye d’en profiter un maximum : je crois bien que c’est un signe pour m’aider à traverser mon épreuve…

Le pilote demanda au directeur de se documenter sur l’accident de l’airbus A320 d’Air France qui s’écrasa en Alsace lors d’une démonstration ratée en 1992. Dans le milieu des pilotes, cette affaire était restée fameuse à cause du procès truqué qui avait ensuite été instruit contre le commandant de bord (les enregistreurs de bord avaient été falsifiés pour protéger le constructeur de l’avion). Le pilote comptait faire une analogie entre sa propre affaire et ce qui s’était passé à l’époque.

Le directeur – je ne comprends pas pourquoi cette affaire pourrait vous aider, je ne vois aucun lien avec votre accident.

Le pilote – moi j’en vois un : ce n’est pas normal que l’angle de rentrée ait été aussi ouvert, il y a dû avoir une défaillance dans le pilote automatique de ma navette, je ne comprends pas autrement. Car j’avais pris soin de bien respecter la procédure de rentrée avant de quitter mon siège.
Or, l’expertise menée sur ma navette par les enquêteurs ne fait pas apparaître de défaillance… Je pense qu’il y a eu dissimulation et je voudrais tenter de le prouver en mettant en avant ce précédent.

Le directeur – de toutes les façons, je connais peu cette affaire mais je sais quand même que la responsabilité du commandant de bord a été établit en dégageant totalement une cause technique liée à l’avion.

Le pilote – oui, les premières conclusions allaient dans ce sens mais, quelques années après le premier procès, la falsification pu être prouvée. Le commandant a été blanchit et c’est à cause de ce retournement que cette affaire est restée célèbre jusqu’à mon époque. Cherchez bien et vous trouverez des éléments bizarres dans cette histoire.

Le directeur savait bien que le traitement risquait d’être long car son patient était d’une cohérence sans faille dans son délire. Obtenir sa confiance était un préalable indispensable pour le faire parler mais, après des débuts encourageants, les progrès semblaient minimes maintenant.

Le directeur essayait de comprendre où se situait la névrose du pilote en parlant de ce cas avec ses collègues mais n’aboutissait nul part. Le plus étrange venait des rapports que son propre personnel lui faisait sur ce patient : ne se nourrit jamais, insensible aux différents médicaments qu’on a testé sur lui, etc.

Le mystère s’épaississait !

Le directeur appela son ami, le commissaire Pontel pour tenter d’en savoir plus sur les circonstances de sa « capture »…

Pontel ne lui appris pas grand chose : c’est la police municipale de Missieux qui lui avait demandé de prendre en charge ce qu’il persistait à appeler « un pauvre type ». Le commissaire promis de mener son enquête pour en savoir plus mais, clairement, il y avait peu à attendre de ce côté là.

Le directeur hésitait quant à la marche à suivre dans cette histoire après avoir fait porter des extraits de journaux à son malade à propos du crash de l’A320 en Alsace et du procès de son commandant de bord. Il avait fait le maximum dans sa direction, était rentré dans son jeu autant qu’il était possible et il n’avait rien récolté de tangible où s’engouffrer, casser la logique de son délire et l’obliger à remonter à la surface…

C’est alors que le directeur s’éloigna de l’institut pendant quelques jours pour un séminaire. Cette pause tombait au bon moment. Elle allait lui permettre de mettre ses idées au clair sur ce cas.

Le second soir du séminaire, alors qu’il discutait des nouvelles démarches d’internement avec ses collègues, son regard tomba par hasard sur la couverture d’un magazine. Son oeil fut aussitôt attiré par un titre qui barrait la page : après le scandale des boîtes noires, le procès révisé ?

Il lut l’article avec fébrilité pour apprendre qu’un professeur de l’université de Lausanne avait pu démontrer que les enregistreurs de vol utilisés comme pièces à conviction lors du procès du commandant de bord avaient été falsifiés. En examinant les photos prises sur les lieux du crash et en les comparant avec les photos prises lors du procès, ce professeur vigilant avait remarqué des anomalies. Une investigation plus poussée lançée par la presse avait abouti à la remise en cause des « preuves » présentées par le constructeur pour mettre son avion hors de cause…

Cette révélation ébranla fortement le directeur : comment son malade avait-il pu connaître ce rebondissement avant tout le monde du fond de sa cellule d’isolement ?

Rien n’allait dans ce cas : l’attitude du patient, les rapports de suivi de ses collaborateurs et maintenant ça…

Le directeur commençait sérieusement à se demander de quoi il en retournait. A peine rentré à son bureau, il apprit que le « pilote » avait disparu la veille de l’institut psychiatrique sans laisser la moindre trace. Rien ne pouvait expliquer une évasion aussi parfaite : pas d’effraction, pas de clé volée, pas de prise d’otage, rien !

La semaine finissait en apothéose !

Le commissaire dut revenir voir le directeur pour enregistrer sa déclaration et son avis de recherche. Les deux amis firent le point sur ce malade et ce fut vite fait : on ne savait pas d’où il venait, on n’avait pas réussi à savoir qui il était et on ignorait complètement comment il était parti… De là à espérer le retrouver…

Résigné, le directeur n’imaginait pas retrouver son patient aussi vite et dans des circonstances semblables : lors de son sommeil, il fit un rêve. Il se retrouva dans la cellule du pilote mais dans le monde et à l’époque de ce dernier !

Le pilote n’était même pas surpris d’être visité par le directeur. Cette inversion des rôles grâce à cette inversion des rêves lui paraissait tout à fait naturelle.

Abasourdi et désorienté, le directeur ne trouva rien d’autre à faire que de continuer leur conversation quotidienne.

Le directeur – comment et pourquoi êtes-vous parti de l’institut ?

Le pilote – allons, vous savez bien que je n’y étais pas vraiment présent physiquement dans votre cellule… Tout comme vous en ce moment !
Mais, c’est vrai, j’ai constaté moi aussi que ce rêve s’est arrêté.

Le directeur – oui, je m’attendais à une réponse de ce goût-là de votre part… Quand votre procès va-t-il commencer ?

Le pilote – demain et je pense que c’est la raison de votre présence ici…

Le directeur – comment cela ?

Le pilote – et bien, comme je ne vais sans doute plus pouvoir venir vous visiter en rêve, c’est à votre tour de venir jusqu’à moi, c’est logique.

Le directeur – non, il n’y a rien de logique dans cette histoire et il semble bien que ce soit mon inconscient qui se moque de moi devant mon incapacité à vous faire revenir à la réalité… voilà ce que je crois.

Le pilote – vous n’avez pas encore compris alors ?
Le fait que nous n’ayons communiqué que par rêve ne retire rien à votre réalité comme cela ne retire rien à la mienne. Comme je vous l’ai dit une fois, à mon époque les rêves sont mieux compris qu’à la vôtre. C’est loin d’être mon domaine mais je vais essayer de vous expliquer ce que j’en sais, ça va vous intéresser.
Dans ce qu’on appelle aujourd’hui « les états multiples de l’être », les rêves sont un plan d’expression différent de ce qu’on avait l’habitude de considérer comme la seule réalité éveillée. Mais ils ne sont pas moins concrets que le mode éveillé. Comment vous expliquer cela ?
En fait, mes contemporains semblent avoir découvert que le domaine des rêves est juste une dimension parmi les nombreuses permises par « les états multiples de l’être » justement. Je ne sais pas si c’est très clair !

Le directeur – non, pas du tout !
Vous prétendez que les rêves sont concrets !
Comment y croire ?
On sait bien que les rêves sont seulement une production nécessaire à notre cerveau pour qu’il puisse « digérer » les événements qu’il enregistre.

Le pilote – vous ne savez rien du tout !
Votre réflexion m’évoque les sentences des astronomes des temps anciens qui décrétaient que les étoiles étaient fixes et la Terre au centre de l’Univers… C’est dommage que vous soyez en fermeture, j’aurais aimé vous apporter quelques connaissances de mon temps pour vous remercier d’avoir essayé de m’aider.

Le directeur se réveilla avec une sensation inédite qui lui occupa l’esprit toute la matinée : ce qu’il venait de vivre n’était pas un simple rêve, il en jurerait.

Et puis, la gestion de l’institut reprit le dessus sur le souvenir de cette étrange affaire. Le directeur commençait à oublier.

Deux semaines après cette disparition subite et l’étrange rêve qui s’ensuivit, alors que le directeur se promenait en pleine ville un samedi matin, il le vit.

Le pilote était là, presque en face de lui, sur la place des éléphants de Jouarry. Il n’était pas là par hasard puisqu’il regardait le directeur droit dans les yeux.

Le directeur – vous êtes vraiment là ou je suis le seul à vous voir ?

Le pilote – vous n’êtes pas le seul à me voir mais vous êtes le seul à me regarder… avec une telle intensité !

Les autres ne comptent pas et j’ai peu de temps.

Le directeur – je dois vous ramener à l’institut, vous le savez.

Pourquoi êtes-vous revenu ?

Le pilote – je suis revenu pour dire adieu. Je voulais revenir, j’ai fini par m’habituer à vous, je ne voulais pas vous quitter comme cela.

Le directeur – j’apprécie. Moi aussi, je me suis habitué à vous, je suis heureux que vous ayez pu revenir. Comment s’est passé votre procès ?

Le pilote – pas si mal, j’ai été condamné mais à une peine légère. Je pense que le plaidoyer que vous m’avez inspiré m’a bien aidé.

Le directeur – alors, c’est fini, je ne vous reverrai plus ?

Le pilote – non, sauf si c’est vous qui venez !

Le directeur – comment le pourrais-je ?

Le pilote – c’est simple, comme vous l’avez fait la dernière fois quand c’est vous qui rêviez, il suffit d’y croire.

Le directeur – oui, sans doute. Mais, dans ma position, c’est plutôt difficile, à moins d’admettre de me retrouver avec mes malades !

Le pilote – dépassez cela, je vous ai montré le chemin, à vous d’en profiter. Adieu et merci.

Le directeur – restez encore un peu.

Le pilote – je ne peux pas…

Le pilote s’évanouit dans une vapeur légère qui pu passer pour une brume d’automne.

Le directeur, complètement bouleversé interpellait les passants :

– vous avez vu cela ?

Vous avez vu l’homme avec qui je parlais ?

Il était là, vous l’avez vu ?

Les gens s’écartaient de lui en le regardant gêné (« c’est le directeur de l’institut… » – « tu es sûr ? » – « aussi fou que ses pensionnaires, le pauvre ! »). Le directeur resta un bon moment sur la place, les yeux levés vers le ciel, les pensées loin de ce lieu, sachant que le cours de sa vie était changé, pour toujours. 

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