Cela fait des années que j’en parle : le niveau intellectuel général s’effondre (dire qu’il baisse est trop modéré !).
Quand je disais cela il y a dix, quinze ans, je ne rencontrais que scepticisme (oh, Lefebvre, il exagère !). Désormais, hélas, c’est devenu une évidence.
J’ai plein d’autres articles sur le même sujet sur ce blog mais, aujourd’hui, je voudrais vous soumettre un texte rédigé en 2009 par un ami. Dans ce texte, cet ami avec « le cerveau en marche« ,
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Qui n’a jamais entendu quelque chose du genre « Ah de mon temps c’était autre chose… » ou « Dans le temps ça ne se passait pas comme ça » etc. Depuis des siècles, peut être même depuis toujours les hommes regrettent d’une certaine façon le passé. Et de tous temps, ils pensaient que c’était « mieux avant ». Poussé à l’extrême on traite alors les gens de « réactionnaires » ! On les désigne comme des nuisibles à tout changement et donc comme des gens néfastes. Le progrès technique mais aussi « moral » et législatif est défini de nos jours comme indiscutable pour amener l’homme vers la plénitude et l’harmonie.
Mais qui peut dire de nos jours que nous sommes sur le bon chemin ? Qui peut dire que nos « progrès » actuels et notre société actuelle vont dans le bon sens ? Très franchement je crois que personne de censée ne peut penser que nous sommes sur la bonne voie.
Nous constatons aujourd’hui cet état de fait : le niveau général est en baisse, voire en chute libre… Là où auparavant on notait des discordances entre générations éloignées, entendons par là quinze vingt ans d’écarts, on a maintenant un écart significatif entre des générations très proches, de l’ordre de cinq ans d’écart !
Là est la grande nouveauté, la terrible nouveauté dans la baisse générale de niveau. On peut comparer cela à un immense tourbillon, et là on entre au cœur du tourbillon, là où tout s’accélère. La question est de savoir si nous avons encore la force de se sortir de la spirale.
Quand on pense baisse de niveau, on a immédiatement en tête le plus visible, ce qui saute aux yeux en premier lieu : l’éducation. En effet, comment peut on encore affirmer que l’éducation nationale, en France et à l’étranger, est efficiente ?
Chaque année les diplômes sont de plus en plus bradés, les taux de réussite battent des records, laissant imaginer que les élèves actuels (incapables d’écrire trois mots sans faute) sont meilleurs que leurs ainés ? C’est un secret de polichinelle que de dire que le baccalauréat ne sanctionne de nos jours que les élèves les plus en difficulté, on tire tout l’enseignement vers le bas. Au nom de pseudo études psychologiques sur l’enfant, avec en point d’orgue de ne surtout pas traumatiser les gosses : ne plus les noter ! Seulement les évaluer, sans sanction de résultats, pour ne pas les éduquer dans l’échec… Mais comment ces enfants feront plus tard pour évoluer dans la vie sans avoir été plus jeunes confrontés à la réalité, à savoir : parfois on est bons et on mérite une bonne note, parfois on passe à côté et c’est l’échec.
En France, les gouvernements successifs ont voulu réformer l’éducation, avec comme objectif de faire baisser le taux de chômage des jeunes. On a d’abord inventé des filières secondaires, techniques, professionnelles, en y envoyant les plus mauvais élèves. On sortait alors des bacheliers « techniques » ou « pros » mais ces filières étaient clairement des voies réservées au mauvais. Très peu d’élèves se retrouvaient dans ces filières par conviction ou envie. On a donc créer au fil du temps des sous bac, même si c’est bien évidemment interdit de raisonner comme cela par les biens pensants, qui ont amené des tas de jeunes à des niveaux scolaires faibles, pour occuper des emplois « bas de gamme ». Toute cette masse de bacheliers « seconde zone » ont entrainé une baisse irrémédiable des bacs généraux. Mon exemple personnel est simple : arrivé en seconde, les bacheliers scientifiques étaient à 65% de réussite. Trois ans plus tard, ma génération était à 85% de réussite (et croyez moi nous n’étions pas du tout meilleurs ! seulement on était parfois notés sur 24 au lieu de 20…). Quelques années plus tard, le bac était à des taux quasi « parfaits » : + de 90% de réussite…
Comment penser que cette évolution des taux est le reflet d’une amélioration du niveau plutôt que d’une baisse de la qualité intrinsèque des diplômes ?
La baisse de niveau ne se limite pas aux grandes classes, dès les petites sections c’est un fait établi. Pour preuve, une étude menée par les services de l’éducation nationale entre 1987 et 2007 (http://media.education.gouv.fr/file/2008/23/9/NI0838_41239.pdf), montre que le niveau d’orthographe et de calcul en CM2 (sortie de primaire) a baissé, et le plus fortement entre 97 et 2007. En fait, le fait marquant est qu’en 2007, 21% des élèves sont au niveau des 10% les plus faibles de 1987. Voilà une illustration du nivellement par le bas du niveau des petits écoliers en France.
Pour certaines personnes cette baisse de niveau n’a rien de dramatique, elle est le résultat normal de la « massification » des bacheliers, des lycéens etc… Et pour eux il est préférable de casser les élites en laissant le niveau baisser pour finalement sur un plan global, avoir plus de « diplômés ». Cette vision peut être défendue et avoir ses vertus, mais à condition de ne surtout pas sombrer à un niveau de compétences si faible qu’il annule l’intérêt même du diplôme. Dans la même optique, certains n’ont rien contre la perte d’un français convenable dans la bouche de nos jeunes, pour faire émerger un français « parlé » un peu à l’image de l’anglais américain. Pour ma part je ne suis pas du tout de cet avis. J’estime qu’il est nécessaire de garder comme base de notre culture une langue cohérente, avec des règles et des structures précises.
La baisse de niveau ne se limite pas à la seule scolarité. En élargissant juste un peu le spectre de l’éducation nationale, on arrive à l’éducation parentale. Et là on arrive sur des notions de politesse élémentaire, et de respect. Là encore, que de chemin parcouru dans le mauvais sens !
Qui prend les transports en commun sait à quel point les valeurs basiques de politesse et de respect sont aujourd’hui réduites à néant. Passons sur le cas des jeunes (de 10 à 20 ans) qui multiplient tellement les actes à la limite de l’incivisme qu’il parait complètement illusoire de pouvoir aujourd’hui inverser la tendance pour s’attarder aux gens plus âgés, plus « mûrs » aurait on envie de dire… Là on trouve des comportements absolument incroyables. Un exemple très simple est le fait de laisser sortir quelqu’un (d’un ascenseur, d’un autobus etc) avant de rentrer soi-même. Cela paraît normal pour quiconque a reçu une éducation minimum et pourtant ce simple geste de politesse est quasiment inexistant de nos jours. Les gens se foncent les uns dans les autres dans une sorte de compétition …
D’où peut venir cette forme d’irrespect ? En fait il s’agit tout simplement des conséquences normales de l’exemple lamentable qui est aujourd’hui donné via les médias. Y a-t-il encore de la place pour le respect et la politesse au niveau télévisuel, sportif et même politique ? On peut vraiment se poser la question… L’exemple donné aux jeunes générations est affligeant. Du fameux coup de tête de Zidane (mille fois excusé), aux lamentables gesticulations politico-médiatique de nos soit disant dirigeants (voir le débat sur la chaîne publique France2 le 4 juin 2009…), en passant par la presse « people » qui encense de pseudos vedettes issues d’usines marketing grand public ou encore des rappeurs au langage très courtois…, on a face à nous un ensemble de comportements diffusés à grande échelle qui est inacceptable et dérangeant.
Et que dire du citoyen numéro actuel et qui représente la France… Souvenez-vous du salon de l’agriculture…
Les « élites » de part un comportement proche des citoyens lambda (qu’ils revendiquent en plus) entraîne de façon évidente toute la population à multiplier et à rendre normal des comportements autrefois fustigés. Encore une fois, sans vouloir être réactionnaire, vieux jeu ou je ne sais quoi, n’est il pas nécessaire dans une communauté, dans une société qui rassemble des millions d’individus, d’avoir une souche de règles et de « reflexes » garantissant un respect mutuel ?
Une élite loin du peuple agace, mais une élite qui se met au niveau du peuple casse de nombreux codes nécessaires malheureusement.
Baisse du niveau scolaire, éducatif et moral.
Que manque-t-il pour compléter le tableau ?
Tout simplement une baisse dans tous les domaines. Pèle mêle : architecture, industriel, alimentaire.
Architecture ? Oui, qui n’a pas vu fleurir dans sa ville des bâtiments affreux, inadéquate, voire dangereux ?
Poussés par des contraintes de coûts, des contraintes structurelles (appels d’offres ciblés par exemple), des querelles politiques, les administrations en arrivent bien souvent à privilégier tel ou tel plan d’architecte pour d’obscures raisons et qui ensuite se heurtent à l’incompréhension générale au vue du travail fini. Je prends l’exemple de travaux concernant l’hôpital. Un bâtiment en arc de cercle, idéal pour l’aménagement… Des structures « décoratives » en métal habillent la plupart des façades (le coût ?). A une époque il me semble qu’on allait plutôt à l’essentiel, des bâtiments simples, pratiques, solides et discrets.
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Ce texte est un inachevé, mon ami le reconnait d’ailleurs mais je pense qu’il est digne de vous être communiqué. Rappelons que ce texte date de 2009… Depuis, peut-on vraiment dire que les éléments que mon ami détaille ont vraiment évolué vers le mieux ?
Je pense qu’on est tous d’accord pour dire que non, les choses ne se sont pas améliorées. Tout au contraire, cela a empiré et souvent gravement. Il va falloir encore descendre avant de pouvoir enfin remonter.
Courage les amis, « c’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière » (Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac – 1897).