Les illusions de la fusion nucléaire contrôlée (projet ITER)

Voici un extrait de mon livre « Le fait technique » sur la fusion nucléaire contrôlée à travers le projet ITER. Pourquoi mettre un focus là-dessus ?
Parce que, bientôt, la mode des ordinateurs quantiques va revenir au premier plan (suite au crash prévisible de la bulle de l’IA !). Or, cette mode est illusoire et une façon de le démontrer est de revenir sur une mode qui dure depuis longtemps (la fusion nucléaire contrôlée) et de pointer que ses promesses ne tiennent pas debout.

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Cette fois, parlons de la fusion contrôlée et du projet Iter qui représentent, bon gré mal gré, notre espoir d’avoir recours à ce type de centrale à l’avenir (un avenir lointain comme on va le voir !).

Penchons-nous sur le projet ITER, coopération internationale géante et coûteuse. ITER est le symbole absolu des utopies mensongères qui hypnotisent les politiques et leur font prendre des décisions délirantes avec allégresse.

Ici, j’ai compilé des extraits d’une série d’articles publiés sur le site reporterre (voir à https://reporterre.net/Le-futur-reacteur-nucleaire-Iter-un-projet-titanesque-et-energivore) .

le Département de l’énergie américain s’est peut-être montré plus réaliste en estimant le coût total d’Iter à 65 milliards de dollars (environ 54 milliards d’euros). Hormis la Station spatiale internationale, c’est l’expérience scientifique la plus chère de l’histoire humaine.

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Du fait de sa vocation expérimentale, Iter n’est pas raccordé à des turbines et ne produira donc pas d’électricité. Les premiers tirs de plasma avec deutérium et tritium ne commenceront qu’en 2035, une fois la machine assemblée, sa stabilité et son étanchéité testées. Un prototype de réacteur, Demo, serait construit vers 2050, puis toute une filière de fusion nucléaire « à l’horizon 2070 », estime prudemment Joëlle Elbez-Uzan. Mais Iter entend déjà démontrer qu’avec son plasma autoentretenu, le réacteur générera « la première production d’énergie nette de toute l’histoire de la fusion » en créant « une amplification d’un facteur 10 : soit 50 mégawatts (MW) en entrée et 500 mégawatts en sortie ». C’est la première chose que l’on vous apprend sur Iter. Avec très peu de combustible et de déchets, on va décupler l’énergie : on injecte 50 MW, on en obtient 500 MW.

Le problème, c’est que c’est faux. Ou, du moins, ce n’est que très partiellement vrai. Steven B. Krivit, journaliste scientifique étasunien, spécialiste de la fusion nucléaire, y a consacré une enquête, puis un film. Au moment des tirs de plasma, explique-t-il, pour produire ces 50 MW de chaleur qui seront injectés dans le tokamak, compte tenu de toutes les infrastructures présentes sur le site, des systèmes de chauffage et des pertes énergétiques, Iter consommera entre 300 et 500 MW. Soit presque autant que l’énergie qu’il est censé en produire. Et cela sans compter l’énergie grise du réacteur, c’est-à-dire l’énergie nécessaire à la production de tous ces composants, de leur acheminement, etc., nous parlons ici simplement de la puissance électrique qu’Iter prélèvera dans le réseau RTE.

« Ce réacteur est fait pour produire des particules [neutrons] de fusion qui ont dix fois la puissance injectée dans les particules, précise Steven B. Krivit, non pour produire dix fois l’énergie qu’il consommera. » Si l’expérience menée à Iter fonctionnait, et qu’il était raccordé au réseau électrique, le bilan énergétique serait nul. Une « omission stratégique », selon Krivit, qui éloigne considérablement la perspective de produire de l’électricité par fusion nucléaire. Cette subtile distinction entre la quantité d’énergie consommée pour amorcer la réaction et la quantité d’énergie consommée par le réacteur (comme son usine cryogénique géante) n’est jamais expliquée au public ni même, vraisemblablement, au personnel d’Iter.

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Des déchets radioactifs ? L’une des promesses de la fusion nucléaire n’est-elle pas, justement, de ne pas en créer ? « L’un des gros avantages de cette filière nucléaire, affirmait en 2020 Alain Bécoulet sur France Culture, c’est qu’on ne promène pas de produits radioactifs ni à l’entrée ni à la sortie. » Reprenons ces arguments. Pas de produits radioactifs en entrée ? Cela n’est valable qu’à l’état de pari sur l’avenir. La réaction prévue à Iter nécessite du tritium radioactif, il proviendra des réacteurs de fission nucléaire à eau lourde du Canada qui en produisent.

Un jour peut-être, ce ne sera plus nécessaire, si la couverture de la chambre à vide en béryllium permet de produire du tritium au sein même du tokamak, à partir de lithium soumis aux neutrons. Mais l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) considère que « cet objectif, qui est une condition sine qua non de l’exploitation industrielle des réacteurs à fusion de type tokamak pour la production d’électricité, est difficile à obtenir ».

Pas de produits radioactifs à la sortie ? C’est manifestement faux. « Lors d’une expérience de fusion, analyse Michel Claessens, ancien directeur de la communication d’Iter, dans son livre Iter, étoile de la science, à peine 2 % du tritium sera consommé, les 98 % restants se répandront dans les conduites et les matériaux. On ne peut donc éviter la contamination de l’eau de refroidissement par du tritium. » Il faudra constamment récupérer le tritium absorbé par les parois pour essayer de le réinjecter dans le réacteur, et séparer le reste de ce tritium de l’eau de refroidissement pour le fixer dans des matrices, comme le béryllium, avant de le stocker. Plus encore, il faut garder à l’esprit que l’ensemble du gigantesque tokamak de 23 000 tonnes (trois fois le poids de la tour Eiffel), irradié tout au long des expériences, deviendra lui-même un monceau de déchets nucléaires. Autant de métaux qu’il sera presque impossible de recycler.

En réalité, l’Organisation Iter a toujours — discrètement — précisé que le réacteur générerait bel et bien des déchets radioactifs, mais « pas de déchets de haute activité à vie longue » — ceux qu’on envisage d’entreposer à 500 mètres sous terre pour plusieurs dizaines de milliers d’années. On aurait a minima 40 000 tonnes de déchets à stocker pour cinquante ans, dont le béryllium irradié devenu, du fait de sa teneur en uranium, déchet de moyenne activité à vie longue. Dans les réacteurs de fusion, « le niveau de radioactivité par kilo de déchet devrait être inférieur à celui des réacteurs de fission, résume Daniel Jassby, physicien émérite en fusion nucléaire de l’université de Princeton, mais leur volume et leur masse devraient être supérieurs. »

Un peu long, mais nécessaire

Bon, j’ai conscience que ça fait beaucoup à digérer, mais il faut bien faire des efforts si on veut aborder les points importants !

Récapitulons, ITER nous a été présenté (depuis des années) comme capable de générer dix fois l’énergie consommée et sans production de déchets radioactifs. Or, nous avons vu que sur ces deux points cruciaux, la réalité est bien éloignée de la propagande (quelle surprise !). Arrêtons-nous un instant sur ces deux points et réalisons que la propagande technique claironne depuis des décennies (oui, cela fait depuis les années quatre-vingt qu’on agite continuellement ces trois fausses promesses en faveur de la fusion : inépuisable, rendement x10 et pas de déchets radioactifs) sont tout simplement des mensonges. Mais ces mensonges ont tellement été répétés sur tous les tons et dans tous les médias que, désormais, tout le monde en est persuadé, de bonne foi.

Donc, peu importe que tout cela soit du vent, ITER doit se faire et se fera, vaille que vaille. Mais, même si c’est super dangereux ?

En effet, dernier point et pas le moindre, il s’avère qu’ITER est potentiellement dangereux, très dangereux même…

Tout d’abord, il est très difficile de prévoir comment se comportera ce plasma en régime de fusion nucléaire à plus de 150 millions de degrés Celsius (la température du centre du soleil est de 15 millions de degrés). Dans ce « quatrième état », la matière est sujette à des turbulences qui, malgré de nombreuses recherches, restent imprévisibles. Dès le premier tir de plasma, le tokamak — cette enceinte de 23 000 tonnes dont l’étanchéité doit être absolue et qui a nécessité l’assemblage de 1 million de composants « au millimètre près » — pourrait être perforé par les 15 millions d’ampères qu’il faut faire circuler dans la chambre à vide pour confiner le plasma.

Le divertor, l’un de ses composants critiques, sorte de cendrier de 540 tonnes en tungstène chargé d’évacuer la chaleur, « pourrait fondre, explique dans une récente vidéo Peter Rindt, chercheur en fusion à l’université de technologie d’Eindhoven (Pays-Bas) et chargé de la conception du futur prototype de réacteur Demo, qui serait construit vers 2050. Et si le plasma est déstabilisé, il peut être détruit en une milliseconde, soit un investissement à l’échelle du milliard de dollars fichu en l’air ». Chacune de ces avaries nécessiterait de revoir toute l’étanchéité de l’édifice. Mais la radioactivité y sera telle qu’aucun humain ne pourra intervenir, et il faudra remplacer les pièces et colmater les fuites de façon entièrement robotisée.

Or, “colmater les fuites de façon entièrement robotisée” est tout à fait illusoire : on s’en est rendu compte (douloureusement !) à Tchernobyl et Fukushima !

Il est clair que si on ne sait pas encore maîtriser les centrales nucléaires classiques (comme on l’a vu plus haut), il est douteux qu’on y arrive avec un système aussi compliqué et instable qu’ITER sur lequel, répétons-le, nous n’avons aucun recul. Une fois de plus, on voit bien que le progrès technique doit se faire, coûte que coûte (quels que soient les dangers) et que nous n’avons aucun pouvoir pour l’en empêcher.

C’est l’épisode de la bombe atomique qui se rejoue encore et encore : on doit faire la bombe et on doit l’essayer, point.

En attente d’un Graal énergétique

Mais si la fusion nucléaire est un espoir ténu et très lointain (on parle désormais de 2070… comme pour confirmer la blague récurrente à propos de la fusion qui veut qu’elle sera prête dans cinquante ans et ce depuis les années soixante-dix !), pourquoi donc notre technostructure y reste-t-elle si attachée ?

Sans doute parce qu’on est toujours en attente d’un nouveau “Graal énergétique” qui donnera le coup d’envoi pour une nouvelle et longue période de croissance. Et comme la croissance est l’objectif ultime qui justifie tout, les politiques sont aux aguets de la moindre promesse qui paraît crédible et va dans ce sens. D’où les aveuglements absurdes sur l’hydrogène et la fusion nucléaire.

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